Le Clan Sovarih

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 Esprit de familles.

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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Esprit de familles.   Ven 19 Juin - 8:13



Esprit de familles

«Dans la nuit du 79 au 80ème jour de la saison Phénix, 1328 Ap.E.»

Le cœur lourd, le voleur referma la porte de la Volière, laissant derrière lui un pan de sa vie se fondre dans les méandres de siècles d’histoire qu’avait connus le repère. Les poings resserrés, il progressait difficilement dans la grotte montagneuse, comme si une force invisible le tirait en arrière à chaque pas. La vérité, c’était que le film des événements de cette sinistre soirée n’avait de cesse de se rejouer sous ses paupières, à chaque fois qu’il avait le malheur de les clore.

C’était une succession de flashs plus qu’autre chose, mais chacun s’apparentait à une lame chauffée à blanc, traversant sa poitrine encore et encore. Le bruit sourd d’une silhouette atterrissant dans le brouillard après avoir déchiré la toile des dortoirs du Fort. L’atmosphère réfrigérée lui mordant la chair. Le gel se répandant sur la lame de son épée, avant que la chose ne la brisât sans sourciller. Et la mort du garçon, encore et encore. Sa gorge, tranchée d’un coup net, giclant d’un sang encore pur et infantile, qui se répandit à grands flots sur les draps, et sur la sœur de l’enfant. Les pleurs de l’autre enfant. L’incapacité de l’homme à empêcher quoi que ce soit. Le regard éteint du corps du bambin, alors que sa trachée grande ouverte continuait de déverser sur les draps un liquide épais et odorant. L’arme rebondissant sur la protection de la mère. La mort du fils. La mort du fils. La mort du fils.

L’atmosphère chaleureuse de la Kryte se substitua à celle des Cimefroides en un instant, lorsque le réseau asura le guida un peu au sud de son village natal. Mais l’homme ne le ressentit pas ; à vrai dire, il avait toujours le sentiment de se trouver dans le brouillard intense et malsain qui avait pris d’assaut la base du Pacte. Son échine fut parcourue d’un désagréable frisson lorsqu’une brise légère vint caresser sa peau, apportant avec elle un mélange de parfums qui ne lui étaient que trop familiers. Avant de se nimber de son habituel manteau d’ombres, il jeta un coup d’œil au ciel dégagé. Loin au-dessus de lui, les étoiles brillaient, indifférentes à son malheur.

Il savait qu’il abandonnait derrière lui une poignée de personnes en proie au désespoir. Cette seule pensée suffisait à empirer davantage son état, si la chose était possible ; mais ç’eut été au-delà de ses forces que de rester en compagnie des Sovarih, où chaque regard, chaque geste, chaque parole lui rappellerait son échec. Il n’avait pu préserver le garçon. Il n’avait pu sauver la femme. Il n’avait même pas pu accomplir la dernière chose que celle-lui l’avait implorée d’exécuter. C’était comme s’il avait lui-même tranché la gorge de l’enfant ; sauf qu’il n’avait pas su faire la moindre chose. Il avait dû se contenter de rester là. Et de voir la chose se dérouler devant ses yeux. Il savait qu’il délaissait quelques personnes qui le considéraient comme appartenant à leur famille. Mais l’homme n’aurait pu supporter cette affection davantage ; pas après cette soirée, où sa faiblesse avait détruit cette même famille.


- Tu n’aurais rien pu faire, lui répondit sa sœur, une fois qu’il lui eut raconté l’histoire. Des démons légendaires et des avatars de Grenth, c’est au-dessus des forces d’un simple mortel. Tu serais mort en vain, si tu avais insisté.

- Une bonne chose que je n’ai rien fait, alors, rétorqua-t-il avec raideur. J’aurais dû l’emmener. Le prendre par la main, et m’enfuir avec lui. J’ai perdu du temps en essayant de me battre.

- C’est impossible de savoir comment se seraient passé les choses. Elles sont ce qu’elles sont ; et l’avatar l’aurait sans doute retrouvé, quoiqu’il advienne. Si la corruption de Zhaïtan n’a pas suffi à le stopper, rien d’autre n’aurait pu. Tu as fait tout ton possible…

- Et ça n’a toujours pas été assez, trancha l’aîné.

Le regard peiné, Odélie Arkhen le fixa longuement. Ses longs cheveux blancs, attachés en une queue de cheval, lui rappelaient douloureusement ceux du garçon.

- … Puisque cette histoire est terminée, nous allons pouvoir avancer ? relança la jeune femme. Les risques sont derrière toi, maintenant.

- Oui, je suppose que oui. D’autres sont venus ? demanda-t-il pour dévier la conversation.

- Lokam, entre autres. Lui passe tous les jours, maintenant, et vient te parler pendant au moins une vingtaine de minutes… Il t’appelait le Survivant, tu le savais ? À cause de maman et moi.

- Vraiment ?

- Oui… Il est très juste dans ses mots, et… Je crois que c’est difficile pour lui. Mais le fait que ton cœur batte toujours le rassure, il reste très positif.

- Evidemment, il ne va pas te dire que je vais mourir d’un coup, et que tes efforts sont vains.

- Non, mais il pourrait me suggérer de me préparer au pire…

Le frère se leva et s’avança vers l’un des murs de la pièce, où il trouva un interstice où placer son pendentif, un ancien artéfact familial. Le panneau de bois s’ouvrant, les derniers membres de cette famille empruntèrent une volée de marches qui menait au sous-sol.

En dépit de sa propre mort, encore récente, il trouvait le titre de Survivant tristement approprié à la situation. Dorénavant, peut-être serait-il aussi connu comme l’homme ayant survécu à l’ensemble de la famille Sovarih ?

- Ils risquent de te contacter, affirma le voleur. Aïnhoa m’avait promis de ne pas le faire, mais elle m’a laissé une de ses stupides cartes magiques malgré tout.

- Une carte ? De quel genre de magie s’agit-il…?

- On s’en fiche. Je te dis simplement ça pour que tu ne sois pas surprise.

- Oui, bien sûr. Je saurai à quoi m’en tenir, ne t’en fais pas pour ça… Tu es sûr de ce que tu fais ? ajouta Odélie après un bref silence.

- Non, répondit-il simplement, tandis qu’il décrochait une paire d’armes du mur.

Il prit une épée ancienne, forgée dans un métal sombre, qui parut parcourue d’une ombre à son contact, tandis que les échos d’un cri lointain parvinrent à ses oreilles. Le phénomène demeura cependant très bref, et il n’y porta guère d’attention. Puis il saisit une magnifique dague noire incurvée, incrustée de symboles écarlates qui rappelaient vaguement celui frappé sur son pendentif. Une fois encore, la lame brilla succinctement d’un reflet surnaturel, qui eut tôt fait de disparaître à son tour.

Le porteur de lumière jeta alors un bref regard à la paume de sa main gauche, mais la marque n’y était pas.

- Mais c’est la seule chose que j’ai à l’esprit, tant que Lania ne me rappelle pas. Je dois me tenir occupé.

- Je comprends… Tu sais, si tu y arrives, tu pourrais peut-être… faire tes adieux à Wellan… Tu m’as dit que nombre de ritualistes arrivaient à utiliser les cendres des défunts dans des rituels magiques.

- Hors de question d’utiliser sa dépouille dans mes expériences.

- Vu de cette façon…

- Je n’ai pas besoin de ce genre de fioritures, de toute façon. Ce garçon avait plus de pères qu’il ne pouvait en compter et, clairement, il n’avait pas besoin de moi.

- Tu sais que ne penses pas ce que tu dis.

- Qu’est-ce que ça peut te faire ? riposta l’aîné de la famille. Tu n’as jamais aimé Kaewyn.

- Ce qui vous arrive, c’est au-delà de ce que j’ai pu ressentir pour elle, exposa sa sœur cadette.

- … Tu ferais mieux d’enlever ton pendentif, lui conseilla-t-il après un nouveau silence.

Elle hocha la tête en signe de dénégation, affirma que le garder autour du cou la rassurerait, en dépit des conséquences que cela entraînerait.

Le voleur remercia la jeune femme pour sa compagnie, et la salua, lui promettant de repasser très prochainement. Puis il prit la route vers l’ouest, où ses pas le menèrent dans un marais empreint d’une ancienne magie.

Il connaissait les risques. Il avait bien conscience de son inexpérience dans ce domaine. Mais il s’en moquait. Présentement, il ne se sentait rien de plus qu’un homme détruit, dont les fragments auraient été éparpillés aux quatre coins du globe. Arrivé au Marais d’Anathema, l’homme prit une grande bouffée d’air ; un air insalubre, souillé par des forces appartenant à un autre âge.
Et lorsqu’il clôt ses yeux, ce ne fut plus Wellan qu’il revit mourir.



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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 22 Juin - 16:46

Esprits de famille.

«80ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

Sous une pluie battante, le porteur de lumière avançait rapidement, en dépit d’un sol rendu boueux et quelque peu glissant. Ses talents, longuement travaillés, le rendaient moins visibles que l’étaient les fantômes du marais. Ironie du sort, lui-même se sentait moins vivant que l’étaient ces derniers.
Longeant les parois rocheuses du sud, ses pas finirent par le mener à l’entrée d’une caverne, qui lui apparut comme un refuge suffisant. À mi-chemin entre un lieu de culte centaure et de vastes marécages hantés, il pensa que bien peu d’individus se montreraient suffisamment téméraires pour venir l’y déranger. 

Le sol rocheux de la cavité, jonché de corps mutilés et de squelettes d’animaux divers, indiquait qu’une créature des environs devait déjà en avoir pris possession. Y pénétrant avec prudence, l’homme perçut effectivement le bruit d’une respiration longue et régulière, vraisemblablement d’une chose endormie. Il ne fallut cependant guère longtemps avant qu’elle ne se perturbât. L’odeur de l’humain ayant réveillé l’habitant des lieux, un grognement stupide se fit entendre.

L’homme dégaina ses armes et, faisant fi de toute discrétion, se lança à l’attaque. Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour se retrouver dans le dos de la bête encore endormie, et à peine plus de temps pour lui planter profondément son épée dans le dos. S’appuyant sur la garde de celle-ci, il grimpa sur le dos voûté de la créature, qui le surplombait d’un peu moins d’un mètre, et enroula ses jambes autour de son cou. La charge l’ayant définitivement sortie de son sommeil, elle poussa un hurlement sourd, qui s’amplifia lorsque le voleur planta sa dague dans un de ses globes oculaires, d’où jaillit une giclée de sang épais. Il l’ôta aussitôt et, alors qu’il s’apprêtait à la lui planter dans la trachée, le troll parvint à l’agripper par la cheville, pour le jeter sur le sol aussi facilement que s’il avait été fait de chiffons. Ignorant la douleur qui le prit dans l’échine, il roula sur le côté pour éviter le piétinement de la bête, et effectua une foulée de l’ombre pour se retrouver à nouveau dans son dos. Les facultés d’auto-guérison du troll avaient d’ores et déjà fait apparaître une croûte brunâtre autour de sa lame, qu’il arracha du corps sanguinolent. Puis, après avoir donné un bref coup latéral sur la peau épaisse du monstre, l’humain réapparut face à lui. Il savait qu’il était inutile de tenter un combat sur la durée avec un troll, ceux-ci guérissant progressivement. Aussi empoigna-t-il son arme à deux mains, pour la lui enfoncer en pleine poitrine. La bête tituba légèrement et, tandis que le voleur reculait, elle s’effondra lourdement sur le sol pierreux. 

80P, 1328.
Ignorant combien de temps je vais rester dans les marais, j’ai trouvé un refuge à proximité. Le corps du précédent occupant sera sans doute dévoré par les basilics ou les ettins qui arpentent la région. Avant de reprendre mes travaux, j’ai commencé par sécuriser le secteur. Un simple panneau de bois et quelques pièges basiques devraient garder les créatures de la Vallée au loin, si la réputation du troll venait à ne pas suffire.

Ces quelques travaux m’auront pris la journée. Je n’ai pas dormi depuis le Fort. Alors que le jour tombe, j’appréhende davantage ce qui m’attend que je n’ai appréhendé le combat contre le troll. Sans doute parce qu’on ne peut affronter son subconscient avec la pointe d’une dague. Ce soir, une fois encore, l’ennemi n’est pas dans la plaine. Il n’est pas plus un centaure qu’un Aatxe. Il est humain, et c’est de moi qu’il s’agit.



«81ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

81P, 1328. 
Je me réveille, le visage couvert d’une sueur moite, l’impression de me retrouver quatorze ans en arrière. Dans mes rêves, l’enfant m’appelle à l’aide, avant de se faire égorger. Je ne tends même pas la main vers la sienne. Je constate simplement sa mort. 

J’ai besoin de sortir. J’ai besoin de m’occuper l’esprit. Je ne peux pas passer mon temps à ressasser cela, ça n’a rien de bon ; rien de sain. Eveillé, je sais lutter contre mes démons intérieurs. Les émotions sont simples à contrôler lorsque l’on en a conscience. Il suffit de les faire taire, ou au moins de se convaincre que pareille chose est possible. Mais je ne contrôle rien lorsque mes paupières se referment. Peut-être devrais-je les arracher ?

C’est sans doute une solution bien peu sage. Il suffit de laisser le temps agir. Je survivrai. Je survis toujours. Ce sommeil n’en fut pas réellement un, et je ne peux pas me permettre de sortir aussi peu reposé. Quoiqu’il m’en coûte, je dois dormir davantage.

Le soleil était réapparu lorsque l’humain s’éveilla derechef. Il se releva lentement, quelque peu groggy, le dos encore douloureux du fait de sa mêlée de la veille. 

Il passa la journée à explorer le marais d’Anathema. L’apprenti n’aurait su dire si c’était dû à ses récents progrès en matière de magie, ou à la seule particularité des lieux, mais même lui pouvait ressentir l’emprise des Brumes sur l’endroit. Il eut un instant l’impression que de sombres formes étaient réapparues autour de sa lame, et que sa marque le démangeait de nouveau ; mais un bref regard lui indiqua que cela ne se déroulait que dans son imagination.

C’était un lieu où la lumière du jour n’apparaissait pas comme ailleurs, dans la Vallée. Altérée, assombrie par les ténèbres du marécage, elle semblait davantage nourrir les ombres que les combattre. Il y avait quelque chose de perturbant dans ces silhouettes sombres, qui donnaient l’impression d’observer tout individu s’aventurant dans le marais. Par deux fois, le voleur se retourna brusquement, pour simplement constater qu’il n’y avait rien d’autre derrière lui que sa propre ombre – et quelques insectes. Ceux-ci pullulaient dans la région, mais ignoraient néanmoins l’humain, qui s’était recouvert d’une substance l’aidant à mieux se faire ignorer de la faune environnante. 

Avec le calme des marais, le seul bruit de sa progression dans l’eau sonnait à ses oreilles comme un tumulte assourdissant. Mais, du fait de l’heure encore très matinale, seuls quelques Gardes du Lion passaient sur les voies qu’ils avaient dégagées – et desquelles le voleur restait soigneusement à l’écart.

Au cours de la soirée, il retourna à un recoin sombre qu’il avait repéré un peu plus tôt, au centre même du Marais, là où les racines d’un arbre ancien recouvraient un sol assombri par un relief marqué. Le porteur de lumière s’assit ici, saisit sa dague de sa main droite, et ouvrit légèrement la paume de sa main gauche. Il empoigna alors l’objet que lui avait légué son père, qui s’imprégna du sang de son porteur. 

Les yeux clos, il perçut une froide caresse lui effleurer la joue, glissant progressivement sur son épaule, puis le long de son bras, pour aller se perdre sur le tranchant de son arme. Lui-même se sentit plus léger, à mesure que des formes absconses apparaissaient devant ses yeux. Elles étaient cependant trop imprécises et sombres pour qu’il pût déceler la moindre chose, mais il lui parut que quelque chose se resserrait sur ses poignets à mesure que l’endroit se matérialisait.

Lorsque son cou fut pris par une étreinte aussi glaciale que doucereuse, il perdit pied. Lorsque ses paupières se soulevèrent à nouveau, il retrouva le même paysage autour de lui : un marécage à l’atmosphère lourde d’une magie qu’il n’arrivait pas à canaliser.

Sur la paume de sa main gauche, la marque s’était à peine éveillée, laissant onduler de vagues figures obscures à l’endroit où il s’était ouvert.

L’atmosphère du marais n’a pour l’instant rien changé. Rien à voir avec les Brumes. Le rituel n’est aucunement plus puissant. Je crois qu’il faut plus de sang.
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Viridiana Sovarih
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 22 Juin - 18:07

Thème:
 


Esprits de famille.

«82ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

Malgré l'humidité du marrais, l'atmosphère s'était adoucie et étrangement une douce brise caresse le visage du nouvel ermite de ces lieux. L'humain sentira alors ses émotions se relâcher alors qu'il travail pour les contenir depuis si longtemps.

L’atmosphère est alors paisible et réconfortante comme lorsque l'on est près d'un parent qui nous prends dans ses bras. Une voix imposante et sereine résonne dans sa tête comme une douce mélodie pleine de sagesse.


Le sang n'est pas ce qu'il te manque.
Ouvre ton coeur et ton esprit.

Ressent et libère toi.
Ecoute autour de toi et ce qu'il y a en toi.
La clé est dans ton âme et ton coeur.

Tu manques d'équilibre et l'esprit se tasse devant le corps.
Comment veux tu communiquer avec des âmes libre alors que tu ne t'écoutes pas.

L’équilibre est en toute chose dans ce monde et il faut savoir le maintenir.
La magie et la puissance sont que des notions.
L'esprit et le corps sont des outils bien affûte que lorsque qu'ils sont équilibrés.

Tu dresses un rempart devant toi et celui ci bloque tes appels et repousse ceux qui te tendent la main.



La voix se fond alors dans les bruits environnants et l'ambiance reste alors chaleureuse et reposante.



"Melandru respecte ceux qui choisissent la voie de l'équilibre... ceux qui vivent "avec la nature" et pas "de la nature". Elle nous enseigne que destruction et protection sont des nécessités, et que chacune vient en son temps."
~ Viridiana et les préceptes de Melandru.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 22 Juin - 19:07

Esprits de famille II.

«82ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

L’homme s’assit contre les parois froides de la caverne. Au-dehors, les premiers rayons d’un Soleil naissant apparaissaient au-travers des interstices que laissait la porte de fortune qu’il avait installée à son refuge. Le dos nu au contact de la pierre humide et fraîche, il laissa s’échapper de son esprit les échos de ces mots, prononcés par une voix aussi mystique que familière. Il en ignorait la raison, mais il lui semblait que son cœur s’était relâché lorsqu’elle avait commencé à parler. 

 C’était un poids dans sa poitrine, alourdissant non seulement son corps, mais aussi l’entièreté de son être. Chaque battement venait avec son lot de souffrance, avec une nuée d’épines qui traversaient son échine, tandis qu’une série d’images s’imposait de nouveau à lui. Le père, la mère, la sœur et le fils. Déglutissant avec peine, il se rappela comment il avait échoué pour protéger chacun d’entre eux. Tour à tour. Il se souvint de la manière dont sa vie avait été ponctuée d’erreurs, qui s’étaient toujours avérées mortelles pour les autres. Des larmes brûlantes roulant sur son visage, il se remémora comment il avait toujours survécu aux autres, lui, le dernier Arkhen. Le Survivant.



L’individu ne réalisa même pas qu’il s’était cogné la tête contre la paroi rocheuse, cette futile douleur se trouvant aussitôt éclipsée par une autre, bien plus aigüe, qui le prenait dans la poitrine. Est-on vivant simplement parce que notre cœur bat ? Se doit-on de mourir lorsqu’il cesse de s’agiter ? Il lui était parfois apparu comme évident que les défunts demeuraient en son monde, tant qu’il les portait dans son cœur. Une voix lui avait également murmuré que ce qui le caractérisait en tant qu’être humain s’était éteint il y avait de cela des années, pour qu’il puisse être celui dont avait besoin l’Ordre. Moins vivant que ses congénères, mais néanmoins davantage que ceux qui l’avaient quitté, le cœur de l’homme se débattait contre sa cage thoracique, comme pour lutter contre ses efforts de faire taire la douleur ; et lui rappeler qu’en dépit de ses efforts et ses croyances, il n’en demeurait pas moins seul.

Il avait pourtant tenté. Il avait tenté d’être à la hauteur, d’aider les autres à mener les vies qu’ils méritaient. Il avait tenté de s’effacer pour ne plus leur faire courir le risque de sa présence. Mais rien n’avait jamais abouti. Et aujourd’hui, alors que sa sœur et lui avaient échafaudé une longue histoire pouvant amener à sa résurgence, le survivant se questionna sur le but de cette manœuvre. 

Cette fois-ci, le krytien laissa son journal de côté. Tenant fermement son pendentif, il s’empara de sa dague, et serra les dents. Il n’écoutait pas ? Soit. Cette fois-ci, s’assurant de ne plus céder aux stimulations du monde matériel, il s’assurerait de ne pas manquer le moindre appel des Brumes.

Il traça au couteau plusieurs lignes courbes, de sa poitrine jusqu’à la paume de sa main gauche, qu’il sentit frémir avec davantage de force que le reste de son corps. Un liquide sombre et épais s’écoulant lentement de ses plaies, il se concentra de nouveau. Ses os craquèrent, et il se contorsionna malgré lui en une position inconfortable. Puis, peu à peu, il sentit la douleur s’atténuer, remplacée par les mêmes caresses qu’il avait ressenties la veille. Elles étaient toutefois plus nombreuses, et plus consistantes. Il ressentit avec plus de précision les deux mains qui se posèrent sur son cou.

Le jeune homme ne se rendit pas compte qu’il avait perdu connaissance. Au contraire, ouvrant les yeux sur le même paysage flou que la veille, il avait l’impression d’être plus conscient que jamais. Car si, à l’instar du décor environnant, les silhouettes flottant autour de lui étaient indistinctes, la chaleur qu’il ressentit en lui ne l’était pas le moins du monde. 

Pour la première fois depuis bien longtemps, si l’on omettait la présence de sa seule sœur, Raelag était en famille
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Viridiana Sovarih
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 22 Juin - 20:11

Esprits de famille II.

«82ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

Des heures passèrent et le soleil avait tourné. Pourtant très légère lueur pénétra le sanctuaire de Raelag s'approchant de plus en plus de lui sans aucune agressivité. La silhouette d'un loup blanc, avançant d'un pas lent et serein se place derrière les esprits et fixant l'humain d'un regard bienveillant.

Elle attendra ainsi devant lui, le temps qu'il soit prêt à la voir autrement qu"une silhouette, ne voulant pas brisé son moment avec les esprits. Mais il reconnaîtra là Nuit d'Aurore, la Louve bienveillant qui restait toujours au coté du petit de l'Ombre de Velours. Mais lorsque son attention se portera vraiment vers elle, c'est un esprit qu'il verra, un esprit au regard d'améthyste.





"Melandru respecte ceux qui choisissent la voie de l'équilibre... ceux qui vivent "avec la nature" et pas "de la nature". Elle nous enseigne que destruction et protection sont des nécessités, et que chacune vient en son temps."
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Dernière édition par Viridiana Sovarih le Mar 23 Juin - 13:04, édité 1 fois
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mar 23 Juin - 11:18

Une nuit sans aurore.

«Dans la nuit du 82ème au 83ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

Le Soleil avait depuis longtemps achevé sa course vers l’ouest lorsque le krytien remua légèrement. À l’exception d’une brise légère qui parvenait à s’immiscer dans les ouvertures laissées par la planche de bois, rien ne se faisait entendre dans l’abri de l’homme. L’esprit canidé ne laissait s’échapper le moindre son, et l’humain lui-même respirait à peine. Fixant ce dernier sans ciller, le loup patientait paisiblement, dans l’attente de son éveil.
Les chaînes éthérées qui liaient ses poignets à la roche se dissipèrent promptement, lorsqu’il souleva enfin ses paupières. À la faveur d’une lueur opalescente, Raelag aperçut son épée et sa dague, dont les lames disparaissaient sous une sorte de nuage sombre. Il ferma les yeux un instant. Sa poitrine était lourde, et chaque respiration lui coûtait. Mais il avait réussi… Quelque chose. Sous le pendentif qui gisait encore dans le creux de sa paume, il sentait la marque frémir, comme un second cœur, porté dans la main, battant indépendamment du premier.
Amorçant un mouvement pour se relever, le porteur de lumière ressentit avec plus d’ampleur la souffrance qui engourdissait le côté gauche de son corps. Il fut ainsi contraint de s’aider des parois rocailleuses pour se replacer debout, et relever le visage vers ce qui lui faisait face. Clignant à plusieurs reprises, il réalisa avec difficultés que la lumière blafarde qu’il avait prise pour celle de la Lune était en réalité celle qui émanait d’un loup fantomatique, qui l’examinait avec intérêt. Elle se reflétait sur les filets de sang qui recouvraient son torse, et soulignait la saleté qui le recouvrait.
D’un mouvement lent, il ramassa son épée, quand une voix désincarnée retentit autour de lui, sans que personne n’eût apparemment prononcé de mot.
- Tu n’en auras pas besoin, dit-elle simplement, sur un ton chaleureux.

Peut-être était-ce les intonations de cette voix féminine, ou peut-être était-ce dû aux iris violacés de l’animal qui lui faisait face, mais quelque chose de familier raviva chez Raelag une douleur qui estompa brièvement celle de son bras gauche. Sur la défensive, il brandit son arme devant lui.

Avances-tu dans tes recherches ? l’interrogea la voix, sans tenir compte de son attitude.


La gorge du voleur l’irrita, comme s’il n’avait parlé depuis trop longtemps. Il toussa à plusieurs reprises avant de ne réussir à formuler une réponse :
- Qu’est-ce que tu fais ici ?

- Bien des choses, répondit l’autre avec calme, mais tu sauras en temps voulu.

- Il n’y aura pas de « temps voulu »… Pars d’ici. Tu n’as rien à faire là.

- Pourquoi tant d’agressivité ?

Raelag ne pipa mot. Il était convaincu que, quelle qu’elle fût, la chose qui lui faisait face venait directement de la famille des De Tyrange. Or, il ne voulait plus avoir à faire à cette dernière. Il avait été on ne peut plus clair sur ce point.
Je suis ici pour te guider, poursuivi l’esprit face à son silence, car tu es le gardien d’un savoir perdu. Trop de savoirs se perdent, et l’équilibre est bien trop ébranlé. Mais peut-être comprendras-tu mieux ainsi…


Accompagnant le geste à la parole, la forme canine se releva sur ses pattes arrières, à mesure qu’elle s’allongeait et s’affinait. Dans le même temps, la caverne fut envahie par une brume douceâtre, qui rappela à l’humain le phénomène du Fort Trinité. Mais cette fois-ci, elle se condensa pour dessiner les contours d’un jardin aux allures exotiques, au sein duquel un temple aux reflets cuivrés les accueillit. L’atmosphère se voulait chaleureuse et accueillante, mais l’homme ne pouvait s’empêcher de rester sur ses gardes, ignorant délibérément l’expression de bienveillance qu’arborait la femme qu’était devenu le loup. À vrai dire, en regardant ses cheveux d’un blanc immaculé, et son regard d’améthyste, typiques des Tyrange, Raelag n’eut d’autre envie que de s’en prendre à cette femme.
Semblable à un parfait mélange de Kaewyn et Wellan, sa seule présence lui rappela en un éclair tout ce qu’il avait essayé de fuir ces derniers jours.
- Je n’ai cure de tes histoires. Je n’ai plus rien à voir avec tout cela. J’ai demandé aux Tyrange de rester loin de moi… Cela vaut aussi pour toi.

- Je ne suis pas une Tyrange, mais une Shu. Shu Woana, du clan du Serpent.

Ignorant la douleur, Raelag fit un pas en avant, brandissant avec une expression hostile l’épée, dont les ondulations s’agitèrent davantage.
- Tu es la louve de Wellan ; aussi n’as-tu rien à faire ici, cracha-t-il. Les histoires de cette famille sont derrière moi, à présent.

- Je suis là car notre Gardien t’a choisi, et parce que tu as été une Ombre un instant, pour avoir utilisé le Grimoire. Mais je comprends… Il est vrai que j’ai veillé sur l’Ombre de Velours depuis longtemps, et elle a bien trop d’histoires qui l’entourent. De plus, je viens de perdre l’enfant qui pouvait me sentir, et réaliser ma présence… Avant sa malédiction, du moins. Mais je ne suis pas là pour cela, poursuivit la femme après une brève pause, mais pour t’aider dans tes méditations.

-Je n’ai besoin de personne, et très certainement pas de vous[/b], répliqua l’assassin, rapprochant l’extrémité de son arme du menton de l’inconnue qui, bien que visiblement surprise, n’esquissa pas le moindre mouvement.

En s’approchant d’elle, et en la voyant désormais sous une forme humaine, Raelag s’aperçut qu’il lui était plus naturel de la vouvoyer, plutôt que de continuer à s’adresser à elle comme si elle était toujours un animal.

- Pourrais-tu m’expliquer : pourquoi tant d’hostilité envers un aîné ?[/justify]

Il hésité un instant. « L’aînée », comme elle se désignait, connaissait vraisemblablement l’histoire. Comment pouvait-elle être assez stupide pour ignorer cette cuisante peine que sa seule présence suffisait à rappeler à son interlocuteur… ?

- Si ce sont mes méditations qui vous concernent, sachez qu’elles en sont à l’origine. Je vous le dis une dernière fois : retournez veiller sur votre très chère Velvet, dit-il, refusant de formuler le nom de Kaewyn. Sur sa fille, et sur ceux qui restent à cette famille.

- Velvet est perdue, et Ambre a fini par perdre son héritage. Velvet a été détruite le jour où ils ont brûlé l’Ombe Astrale. À partir de là, tout s’est effrité, jusqu’au jour où elle a réalisé ses erreurs. Mais il était déjà trop tard.

- À moins que vous ne puissiez lever la stase qui protège l’Ombre de Velours, rien de ce que vous dites ne me concerne plus.

-Tu peux la lever : il suffit d’apprendre du passé.

Raelag abaissa légèrement son épée, las. Une douleur sourde battait à ses tempes, et il aurait bien pu faire un bon usage de bandages et de sommeil. Cette femme, qui venait pour lui apporter d’autres questions sans réponses, ne l’aidait en rien à avancer, sur quelque chemin que ce fût. Si son soutien se limitait à des énigmes, il préférait abréger le déplaisir de sa compagnie.
- Mais pour quelle raison veux-tu la lever ? l’interrogea-t-elle.

- Pour tuer celle que le bouclier protège, répondit-il naturellement.

- … Est-ce la solution ? Verser mon sang sans chercher de réponse à ce qui se trame ?

D’autres questions…

Vous n’allez pas m’aider[/b], constata Raelag.

D’un geste vif, il donna un coup d’épée au-travers du ventre de l’esprit. Cette partie de son corps se dématérialisa en une brume diffuse, et il sentit une frappe sur l’arrière de son crâne. Lorsqu’il retira sa lame, le corps de la femme reprit forme.
- Dois-je te corriger comme un enfant ? demanda-t-elle, d’une voix qui lui paraissait plus lointaine que jamais. Je pense que tu connais le métier, et que tu as un bon niveau… Mais, présentement, tu cherches seulement à trouver tes réponses à ton isolement.

Il l’écoutait à peine. Faisant volte-face, l’homme revoyait les contours des dortoirs désaffectés du Fort Trinité, où sa lame avait inutilement transpercé une autre créature qui le dépassait.
- Si vous ne pouvez m’aider à abréger ses souffrances, ou si vous n’êtes pas venue abréger les miennes… Partez simplement. Ce que vous cherchez n’est pas ici. Je ne vous aiderai pas.

Le voleur laissa son épée tomber sur le sol. Au moment où la garde quitta le contact de sa peau, la lame se défit de toute trace de surnaturel, retrouvant un aspect métallique qui scintillait délicatement sous les lueurs diverses du décor brumeux.
- Est-ce par la mort que tu luttes contre tes tourments ?[/b] lui demanda la louve.

Il apposa sa paume valide contre la pierre, qui demeurait présente en dépit du décor illusoire. Néanmoins, avec une légère déception, il constata qu’il ne pouvait en ressentir la froideur. Une fois de plus, Raelag se sentit défait. Inopérant. Inutile. Autour de lui se succédaient des forces qui le surpassaient de loin. Il était incapable de faire la moindre chose à ces créatures des Brumes, et ne parvenait même pas à comprendre leurs motivations.
Il ignorait pourquoi cette femme était venue le trouver, et peinait à avoir une hypothèse sur les raisons ayant mené à la mort de Wellan. La seule certitude était que, face à chacune de ces bêtes qu’il croisait sur son chemin, il ne pouvait rien faire. Il était même inapte à leur causer la moindre égratignure. À mesure que le temps défilait, il se voyait survivre à des épreuves aussi multiples que diverses. Mais il n’aurait su dire pourquoi.
- J’ai suffisamment de questionnements sans que vous ne veniez y ajouter les vôtres[/b], rétorqua-t-il d’un ton fatigué.
- [i]En la tuant, tu la condamnes à perdre son âme et à le plus connaître le bonheur
, continua l’esprit, sur un ton égal. Toi aussi, tu as tes propres démons en toi. Tu n’es pas en harmonie. J’ai cru comprendre que le but d’un Pluma était la liberté et l’harmonie, pour maintenir l’équilibre, et non vivre d’ombre et de tourments pour se cacher.

-Je ne suis pas un Pluma Noctis… Je suis à peine un homme.

- Un homme qui a été suivi pour ses idées. Un guide, un ami, un stratège. Tu étais même un exemple pour certain ; mais ta bulle est opaque devant des yeux.

- L’usage du passé est certainement la chose la plus sage que vous ayez faite jusque-là.

Il avait en effet été un guide et un stratège, pour aider des personnes qui n’étaient aujourd’hui plus de ce monde. Il avait été l’ami des défunts, le père des morts, et le fils des sacrifiés. Détaillant les traces sanguinolentes qui recouvraient son corps, Raelag se sentit vidé de ses forces. Les mots de l’esprit lui rappelaient une fois de plus ses échecs, et chacune de ses phrases était une nouvelle lame qui venait écorcher son esprit, sans aucun doute plus meurtri encore que ne l’était son corps.
- Je ne suis pas sage, assura-t-elle. J’ai fait des erreurs, des horreurs, des drames. Mais j’ai été humaine. Et j’ai surtout voulu vivre. Shiro nous tourmentait. Le moindre faux pas avait plus d’impact qu’une simple mort. Mais nous avons appris du passé, analysé les erreurs pour évoluer. Avec cette lutte, j’ai grandi et découvert un autre sens à la vie.

C’est une belle histoire, commenta l’humain. Allez donc la raconter à quelqu’un que ça intéressera.

Pour la première fois, l’étrangère soupira.
- Pourquoi refuses-tu de sortir de ta bulle ? Qu’as-tu peur d’affronter ? Je ne veux pas les réponses, mais sois honnête avec toi-même.[/justify]

- Je le suis. Et je le suis aussi avec vous, quand je vous demande de me laisser.

- Alors réponds à ma toute première question. Celle que tu as esquivée, et qui a a mené à ce que je pointe ta fuite.

- Votre première question.. ? releva-t-il, avant d’éternuer à nouveau. Eh bien… Oui. J’avance dans mes recherches.

- Et comment as-tu réussi, cette fois-ci ?

L’espace d’un instant, Raelag se demanda combien de questions supplémentaires il devrait supporter. La louve semblait plus curieuse encore que les inquisiteurs de l’Ordre.
- J’ai accentué le sortilège du pendentif, pour le remonter plus facilement, dit-il, remuant légèrement son épaule gauche pour la lui montrer.

- C’est ce que tu veux croire. Mais soit.

- Si vous connaissez mieux les réponses que moi, ne posez pas les questions[/b], rétorqua-t-il, sincèrement agacé qu’une illustre inconnue vienne subitement lui donner des leçons sur la magie que recelait son héritage.

- Les questions sont là pour te laisser la réflexion. Car c’est par toi-même que tu changeras la donne.

- J’ai assez de réflexions pour la décennie à venir… Maintenant, si vous vouliez bien me laisser en leur compagnie, ajouta-t-il en s’appuyant contre le mur de pierre, sur lequel il se laissa doucement glisser.

- Si tu es bien dans tes mensonges, et bien reste ainsi. Abandonne aux premières difficultés et cache-toi derrière l’art des Ombres. Il est clair que n’est pas en demeurant ainsi que tu allais aider les ombres qui te considéraient comme un père, un ami, et même plus. Reste ainsi, Hippocampe.

- Ravi de voir que… vous avez enfin… compris, articula difficilement le voleur, sans prendre la peine de relever l’étrange surnom qu’elle avait employé.

- Enfin… Au final, ils ont perdu leur instinct de famille. Bonne route, l’Humain.

- C’est ça… Adieu.

En même temps que le décor, l’esprit disparut alors. La pierre sur laquelle l’homme était adossé redevint subitement aussi froide que la nuit. Epuisé, il ferma ses yeux un instant. Il lui sembla de nouveau entendre la voix de la veille, qui lui répétait que le sang n’était pas ce qui lui manquait, et qu’il devait ouvrir son cœur et son esprit. Il tenta d’ignorer cette voix, se répétant que la seule chose dont il avait besoin, c’était de soins.
Après s’être dit qu’il retournerait à la Colonie et auprès de l’Ordre dès que possible, il crut entendre ses propres pensées lui susurrer que la voie du ritualisme était loin pour lui, et qu’il lui faudrait comprendre ces paroles. Mais, les ténèbres l’emportant sur son esprit, il n’eut guère le temps de méditer davantage ces paroles, et sombra dans une torpeur bienvenue.
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Jeu 25 Juin - 1:16

Le double et la faille.

«83ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

William Lokam quitta l’habitation de la famille Arkhen, accompagnant son départ des habituels encouragements qu’il accordait à la jeune envoûteuse qui vivait là, au chevet de son frère en convalescence.  Tout comme les autres colons qui étaient venus ce jour-ci, il ignorait qu’il existait un semblant de jumeau de l’homme à qui il était venu de parler, double qui était lui aussi plongé dans un sommeil réparateur.

En effet, dans une pièce qui avait appartenu à la cadette de la famille depuis la naissance de celle-ci, reposait un individu aux traits fatigués, et dont la partie gauche du corps était recouverte par endroits d’une pâte d’un vert pâle, formant des croûtes odorantes sur les plaies qu’il s’était lui-même ouvertes. Si le geste, d’apparence téméraire, lui avait vivement été déconseillé, il s’était finalement avéré payant. C’était tout du moins ce qu’il avait cru l’espace d’un instant.

Le voleur avait, par un tour de force, réussi à canaliser l’énergie du sortilège que recelait un héritage ancestral pour en former une arme. Initialement, l’artéfact, qui existait en deux exemplaires, ne servait qu’à avertir le porteur du second objet qu’un danger menaçait l’existence de son parent – car, de par la nature de l’enchantement, les objets s’étaient avérés sans effet sur tout individu qui ne relevait pas de la famille Arkhen. Toutefois, l’aîné de la fratrie avait réussi à remonter le cours du charme, pour entrer en contact avec les esprits des anciens qui garantissaient son fonctionnement. Et s’il lui semblait avoir su transformer leur pouvoir en une arme qu’il supposait redoutable, celle-ci s’était montrée sans effet, lorsqu’il l’avait utilisée pour s’en prendre à un autre esprit.

Quelque part en lui, l’espoir de pouvoir venger l’enfant s’était ainsi éteint. Son dernier échec l’avait instruit, infiltrant dans ses veines une sombre vérité qui s’apparentait à un poison : il ne parviendrait jamais à créer une chose capable d’effrayer les monstres des Brumes. Cette pensée avait de toute façon été futile : de par son inexpérience en matière de magie, l’exécution du rituel lui avait demandé de puiser dans ses forces à un tel point qu’il n’aurait guère su mener un combat tel qu’il en avait l’habitude.

Il avait donc fini par rentrer. Le voyage, bien qu’écourté par le réseau de transport popularisé par les asuras, avait été rude, mais la destination était son seul salut.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que sa sœur vint le réveiller, lui apportant un plat chaud qui, après ses diverses excursions où il s’était complu dans la dégustation de racines et autres plantes locales, s’apparenta à un véritable festin.
- Bien dormi ? s’enquit-elle, avenante.
- Ça a été, répondit-il en se relevant légèrement.

Avec un léger sourire, le frère se rendit compte qu’il parvenait sans peine à mouvoir son épaule meurtrie. Il prit le plateau que lui tendait l’envoûteuse, et commença à manger en silence.
- Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? reprit la jeune femme.
- Retourner à la Chapelle. Les murmures y sont incessants, et outre d’éventuelles missions, je pourrai travailler sur des poisons. Je n’y serai jamais seul, alors il y a peu de chances pour qu’un nouvel esprit s’y pointe.
- Tu pourrais aussi… retourner aux Cimefroides. Tu as abandonné l’idée ?
- Pour l’instant, oui. Mais ce que je t’ai dit tient toujours. Si j’apprends que la stase est levée, je m’y rendrai, et je la tuerai de mes mains.
- Tu n’as pas songé à la lever toi-même… ? Je veux dire, tu serais capable de faire croire en tes bonnes intentions, pour obtenir leur aide dans ta quête. Et, une fois le but atteint… Après tout, la première fois que tu t’es rendu là-bas, tu étais aussi sous couverture.
- Oui, je sais. Et je pense que c’est une des choses qui restent à ma portée, que de les leurrer. Mais… J’ignore si j’arriverais à supporter la présence d’Ambre. Elle me considérait comme son père, et je l’ai trahie à bien des niveaux.
- Est-ce que c’est sa présence qui t’insupporte, ou le fait qu’elle te rappellerait... ?
- Plutôt la seconde option ; mais sans doute un peu des deux
, acheva-t-il.

Pendant quelques minutes, on n’entendit plus d’autre son que le raclement des couverts contre la porcelaine. Chacun pensait à ce que leur réservait l’avenir, et à la manière dont leur passé teinterait celui-ci. Puis l’homme reprit la parole :
- Tu ne m’as jamais dit ce que tu pensais de la mort de Kaewyn.
- Hm… D’un point de vue moral, je n’approuve pas. Elle a, en quelques sortes, quatre enfants dans ce monde – dont deux qui sont réellement d’elle, et qui sont encore en bas âge. Ils auront besoin d’elle… Et j’ai du mal à penser qu’elle les abandonnerait parce qu’elle en a perdu un. Mais, d’un autre côté… Elle est corrompue, par une magie dont on ne sait rien. Et quand on voit ce dont sont capables les créatures de l’Outre-Monde… J’ai tendance à penser qu’elle représente une faille entre ces deux plans, une sorte de brèche qu’il faut refermer, à tout prix. Et puisque personne ne semble réaliser le danger… C’est à toi qu’il incombe d’y mettre un terme. C’est aussi pour ça que je pense que ta place est aux Cimefroides…


À ces mots, l’aîné jeta un bref coup d’œil à sa marque. Vaguement surpris de voir qu’elle n’avait pas encore disparu, il chassa rapidement cette pensée de son esprit, puis lui confia :
- Je suppose que, tôt ou tard, j’y serai bien obligé. L’autre Wellan va sans doute poursuivre la tâche que lui a confiée l’envoûteuse… Il me suffira d’arriver lorsqu’il en aura fini avec cela, et je pourrai accomplir la mienne. D’ici-là, la chapelle constituera un parfait refuge.

Et la femme approuva, une expression de sinistre résolution sur le visage.


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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 29 Juin - 19:33

Surplus d'impossibilités.

«90ème jour de la saison du Phénix, 1328 Ap.E.»

Je n'ai jamais été un mage hors-pair, loin s'en faut. Mais j'ai toujours su compenser les lacunes que je présentais en matière de compréhension des arcanes par mes autres talents. Plus jeune, alors que ma sœur cadette était déjà capable de modifier l'environnement selon son bon vouloir, ou de pénétrer l'esprit d'êtres divers, j'avais appris à écouter les murmures que porte une brise silencieuse, ou à me déplacer avec une agilité que certains skelks seraient à même d'envier. En grandissant, j'ai appris à maîtriser la magie dans une certaine mesure, mais cela n'a jamais rien eu à voir avec mes compétences en escrime, ou en toute autre forme de combat plus terre-à-terre. Ce qui me manque en mystique, je l'ai en fourberie et en malice. Ce marché m'avait jusqu'alors toujours convenu et, en dépit d'un désir grandissant de parvenir à comprendre certaines formes de magie oubliées, j'avais admis qu'il me serait impossible de devenir un magicien. Mais comme bien d'autres choses récemment, cette vision des choses, d'apparence si solide et ancrée dans ma perception du monde, fut amenée à être remise en question.
Au fil des derniers évènements, je me suis perdu. J'ai oublié qui j'étais, ce que j'étais, et pourquoi je me battais. J'ai oublié où se situait la frontière entre le possible et son contraire. Au jour d'aujourd'hui, je doute encore. Alors je pars de petites certitudes, qui peuvent paraître stupides aux yeux d'autrui, mais qui me permettent de garder les pieds sur une terre qui, je l'espère, ne se dérobera pas sous mes pas.

Je m'appelle Raelag Arkhen, j'ai 29 ans, je suis le fils de Vayshan et Noémie Arkhen. Je suis ce que le peuple appelle un "voleur", un combattant excellant dans les arts martiaux, qui combine cette pratique avec des outils issus de l'art des ombres. Au vu de mes affinités avec le surnaturel, il semblait utopique que je pusse développer un contrôle plus accru sur les forces prodigieuses qui nous entourent. Et pourtant. J’ai récemment réussi l’impossible, en transformant le pendentif de mon père en une arme. Le prix est encore élevé, et je manque d’entraînement, mais c’est une prouesse à laquelle je suis parvenu, bien que je fusse encore en Tyrie. Suis-je donc vraiment tel que mes pairs me voient, un voleur ?

J’ai 29 ans. Je suis ainsi l’aîné de la famille Arkhen. Le pendentif que je porte à mon cou est empreint d’un sortilège qui réagit à notre sang, et ne fonctionne ainsi que pour notre lignée. C’est ainsi que se forme un arbre généalogique : autour d’unions successives, qui pérennisent un lien sanguin. Chaque branche de cette figure se teinte ainsi de la même teinte de rouge qui, en dépit de tout différend, nous unit par une attache invisible, qui se retrouve dans nos veines. Les enfants qui m’appellent « père » ne sont pas les miens, et l’affection que je peux éprouver à leur égard ne vient pas nier ces convictions. Ce n’est pas parce qu’on apprécie un enfant quelconque que l’on devient automatiquement son père, et je ne me suis jamais imaginé remplacer leur géniteur... Est-ce donc malgré moi que j’ai accompli cette autre performance ? Je pense que oui. Je n’ai pas élevé les jumeaux comme j’aurais élevé mon propre fils. Je ne les ai pas bordés comme tels, et je ne les ai certainement pas protégés comme l’aurait fait un père.

En tant que porteur de lumière, je suis un soldat de l’ombre. J’agi sur ordre de mes supérieurs, et ne les déçois jamais. Dans le milieu où j’évolue, la déconvenue est une idée qui ne s’envisage guère. Il y a autant de semi-réussites que de secondes chances, ce qui ne représente pas grand-chose. Nous luttons contre des forces qui nous dépassent, mais notre union avec des tiers nous a appris que rien n’était impossible. Néanmoins, une créature des ténèbres a récemment réussi à tuer quatre des nôtres, en plus de l’enfant. Et je n’ai rien pu faire, sinon transmettre, a posteriori, les renseignements dont je disposais. Je doute que l’enquête mène quelque part. Les répercussions à mon égard furent moins sévères que ce à quoi je m’étais attendu, étant donné que l’enfant était là à ma demande. Peut-être attendent-ils d’en savoir davantage. Aussi attends-je également. Sans l’Ordre, j’ignore où mes pas me mèneront. Je ne sais pas ce que je deviendrais, ni même que je serais alors.

Je suis le frère d’une envoûteuse de talent. Ses compétences aiguisées m’ont appris à distinguer le réel de l’illusion. C’est une certitude. La visite d’Ambre de Tyrange au sein de la Chapelle, en revanche, ne peut prétendre à ce titre. Elle n’était pas censée être là. Tout comme elle n’aurait pas dû avoir connaissance de la moitié des choses qu’elle m’a racontées. Il aurait été confortable de se convaincre que tout cela n’était qu’une illusion, à commencer par l’attaque des créatures de l’Outre-Monde, trop fortuite pour être vraisemblable. Mais j’aurais ressenti l’immersion d’un envoûteur dans mon esprit ; et une illusion d’une taille pareille aurait été stoppée dans l’instant par mes alliés. Il était strictement impossible qu’Ambre soit là ; je lui ai pourtant parlé. Je ne peux m’en prendre aux monstres qui peuplent cet endroit des Brumes ; ils furent néanmoins blessés par la lame que je portais.
J’ai bien vu l’esprit de la louve ignorer mes assauts. J’ai vu l’assassin de Wellan rire de mes coups. Mais j’ai également cru voir cette chose se dissiper suite à l’une de mes attaques. J’ignore encore où elles se trouvent, mais il semble qu’il y ait des failles dans ce qui me semblait alors impossibles. Des ouvertures, semblables à des rais d’espoirs scindant l’obscurité en son sein.

Il ne pouvait toutefois s’agir que d’une parente de Siam de Tyrange. Car son sang permet au Grimoire d’être lu. Contrairement au reste de sa famille, je pense, l’esprit qui le garde m’a accueilli comme un vieux frère. C’est un autre élément qui m’est difficile à assimiler. Mais il le faut pourtant bel et bien. Dans le bouquin, non-loin de la formule de confinement que j’ai utilisé il y a quelques jours, le sourire narquois de la chamane des esprits nommée Phun Jae semble se moquer des doutes que je formule à l’encontre de sa lignée.
Je m’appelle Raelag Arkhen. J’ai 29 ans. Je suis le fils de Vayshan et Noémie Arkhen, et le frère aîné d’une envoûteuse surdouée. Je suis un porteur de lumière. J’ignore si je le resterai encore longtemps, tout comme une ombre nimbe l’avenir en ce qui concerne ma maîtrise des arcanes, le regard que portera sur moi la dernière des De Tyrange, ou tout simplement l’homme que je serai dans les semaines à venir. J’ai le sentiment d’évoluer dans une mer sombre, avec d’inaccessibles étoiles pour seul guide. Cependant, une idée se dégage de ces multiples incertitudes. Pour avancer, je devrai accomplir quelque chose d’impossible. Encore.


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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mar 30 Juin - 8:54

Une danse avec les étoiles.

«Dans la nuit 90ème jour de la saison du Phénix au 1er jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»

Un silence lourd régnait sur la Volière, désertée par ses résidents habituels. Quelques jours plus tôt seulement, la vie abondait entre les murs du repère chacun s’occupant à des recherches diverses dans un coin du repère. Une éternité semblait s’être écoulée depuis, alors qu’un unique individu venait tenir compagnie au gardien du grimoire. On n’entendait plus que le crissement des épaisses pages, révélant leurs secrets au prix du sang dont il les nourrissait. Dans la pérenne quiétude de la base des Ombres, l’esprit guidait occasionnellement le visiteur dans ses recherches, sans rien ajouter au sourire qui étirait ses lèvres fantomatiques. Il semblait que rien n’aurait pu le réjouir davantage que la présence de l’homme qui, pour la première fois depuis longtemps, faisait un usage de l’outil dont il assurait la sécurité.

Cette expression de satisfaction, en revanche,  ne se retrouvait pas sur le visage de l’humain. Bien au contraire, les traits de celui-ci se renfrognèrent lorsque ses doigts effleurèrent les lignes lui apportant l’information qu’il cherchait. Il continua néanmoins de fureter parmi la multitude d’informations que recelait l’ouvrage, versant un peu du sang de l’inconnue à des endroits aléatoirement choisis. Néanmoins, à mesure que ses réserves s’amenuisaient, il dut peu à peu se résoudre à l’inéluctable : il n’y avait d’autre solution. Le seul moyen pour lui d’atteindre les Brumes et de rencontrer les esprits gardiens de la stase serait de passer par le pendentif que portaient les Ombres de la lignée des Kim. Or, pas un seul d’entre eux n’était à sa disposition. Le premier était au cœur même du bouclier infranchissable, tandis que le second se trouvait autour du cou d’une femme qu’il connaissait à peine, et qui, si elle se trouvait encore dans le monde qu’il connaissait, ne serait vraisemblablement guère résolue à le lui confier.

Un claquement sec résonna dans la base, lorsque le voleur referma l’ouvrage dans un geste hargneux. À chaque avancée, cinq portes se refermaient pour chacune s’ouvrant devant lui, rendant son périple plus laborieux qu’il ne l’était déjà. Une nouvelle fois, il n’y avait pas de solution qui s’offrait à lui, et l’espoir de pouvoir finalement accomplir la promesse qu’il avait formulée s’évanouissait dans les méandres des secrets de cette sinistre famille.

Le temps s’écoulait lentement, temps durant lequel aucune voie ne s’ouvrit sur l’impasse qu’il affrontait dorénavant. En l’état actuel de ses connaissances, il n’avait aucun moyen d’entrer en contact avec les esprits de ceux qu’il surnommait les De Tyrange. Arpentant sans but les couloirs désertés de la Volière, il dut bientôt s’y résoudre, et faire marche arrière. Le pendentif à l’intérieur de la protection qu’il permettait de briser, il n’y avait plus la moindre issue. Aussi avait-il commencé à rassembler les quelques affaires qu’il avait amenées avec lui, lorsqu’il ressentit brusquement une présence oppressante, quelque part alentour. Le phénomène, lui prenant au cœur, s’amplifiait graduellement. L’humain chercha du regard l’esprit, mais ne trouva rien d’autre que les portraits silencieux qui ornaient les murs du repère. Puis, d’une manière aussi inexplicable qu’elle était survenue, la présence s’estompa brutalement, comme balayée par un courant d’air bienfaisant, qui apporta à l’homme une appréciable bouffée d’oxygène. Dans le même temps, un bruit sourd se fit entendre plus loin.

Il se précipita vers la chambre de la plus jeune des enfants De Tyrange, d’où les sons provenaient. De l’autre côté de la porte lui parvinrent les voix de l’esprit et, par chance ?, de la femme qui portait le second pendentif. Tous deux parlaient d’attaques récentes dont ils avaient été victimes.


- Tu tombes bien, ouvrit-il en écartant aussitôt le panneau de bois, je te cherchais. J’ai besoin de ton médaillon.
- Oui oui, bien sûr, répondit-elle vaguement, apparemment trop occupée pour l’avoir écouté.

La jeune femme aux yeux d’améthyste, qui paraissait chercher quelque chose, s’était interrompue lorsque le sosie de son père avait surgi, et sortit de la pièce en le bousculant. Il ignorait où elle comptait se rendre ; mais ne la laisserait partir pour rien au monde. Ne sachant que trop bien les facilités que la rouquine avait pour disparaître subitement, l’homme décida de lui couper l’herbe sous le pied. Il ne lui faudrait que peu de temps pour lui dérober son pendentif, et enfin accomplir son devoir.

Cette pensée en tête, le voleur extirpa une flèche de son carquois et, tandis que son adversaire murmurait quelque chose qui lui parvint pas, il lui tira dans l’épaule. Sans même pousser un seul cri, la femme lança quatre petites lames dans son dos, dont une seule parvint à toucher sa cible. Puis, alors qu’il se précipitait vers elle, dague à la main, elle parvint avec une rapidité déconcertante à arracher la flèche de son épaule, grognant légèrement, puis à lui faire une clef de bras avant de le jeter au sol. Il amorça un mouvement d’attaque en direction de sa gorge, qu’elle ignora avec superbe, lui enfonça les griffes qu’elle portait au bout de ses doigts, provoquant dès lors une sourde douleur dans son crâne, et parvenant ainsi à le maintenir immobilisé. L’esprit tentant d’intervenir pour calmer les deux humains, la peau de la femme se couvrit d’une sorte de grain parme et volatile, rappelant à son adversaire une forme de magie nécromancienne qu’il avait vu utilisée par son père.


- Il m’a attaquée ! se justifia-t-elle auprès de l’esprit, qui s’improvisait médiateur de leur conflit.

Puis, le pas rageur, elle s’éloigna. Dans un geste désespéré, l’homme lui lança son arme, espérant pouvoir l’arrêter avant qu’il ne fût trop tard. La lame de sa dague la traversa cependant, tout comme elle l’avait fait pour l’esprit de la louve, lorsqu’il s’était rendu au Marais d’Anathema.

C’est lorsque cette image lui revint, pareille à un flash, qu’il perçut derechef ce sentiment d’échec cuisant qui l’avait hanté avant son séjour à la Chapelle des Soupirs. En voyant la femme aux yeux violacés s’éloigner, à peine blessée, après avoir réussi à le maîtriser sans l’ombre d’un problème, l’homme, une brûlure le démangeant là où une lame demeurait plantée en son bras gauche, se demanda à nouveau pourquoi il s’évertuait à risquer sa vie pour cette famille, dont chaque membre s’avérait infiniment plus compétent que lui.


- Allez-vous faire voir, grommela-t-il à l’adresse de l’esprit-gardien, qui venait l’implorer de prendre son grimoire avec lui.

Puis il emboîta le pas de l’Ombre qui, avançant avec lenteur, fut bientôt rattrapée. Ils sortaient tous deux du manoir lorsque, lui agrippant l’avant-bras droit, elle vint lui demander des explications sur la raison pour laquelle il l’avait attaquée. Il lui répondit avec un coup de coude qu’elle esquiva habilement, avant d’ajouter :


- Si c’est le bouclier que tu veux détruire, sache qu’il est attaqué !
- … Je m’en fiche, cracha l’homme, après avoir dégluti. Tout ça ne me concerne plus. Démerdez-vous entre vous.

Il méprisa l’antidote qu’elle lui tendit, voyant le geste comme une provocation supplémentaire plutôt que toute autre chose, et sortit de la caverne de la Volière. Puisque les Tyrange, plus compétents les uns que les autres, venaient des quatre coins des Brumes pour sauver Siam, il se ferait un plaisir de les laisser s’occuper de cette affaire en famille.

Ainsi, au cœur d’une nuit venteuse, Raelag et Ambre Arkhen prirent des chemins opposés, chacun espérant ne plus jamais avoir affaire à l’autre.



«1er jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.
Quelque part.
»

Des heurts répétés. Succincts, mais abondants. Avait-il eu tort d’attaquer la fille ? Une respiration mesurée, accompagnée par une bise aérienne et frissonnante. Non, mais il s’était fourvoyé dans la méthode. Le son furtif d’un pas rapide sur la terre meuble. Que devrait-il faire désormais ? Un souffle court, et le bruissement d’une branche que l’on secoue. Persévérer, le regard vers l’inconnu.

Perdu sous les infinités d’une voûte étoilée, Raelag Arkhen s’adonnait à une véritable valse mortelle, ses dagues pour seules compagnes. Son bras gauche, bandé là où elle l’avait blessé, avait cessé de le lancer. Paisible, le Survivant avait cessé de se questionner sur ce que le futur lui réservait. Il savait que, quelque part sous ce ciel sans bornes, une rencontre se produirait, débutant ainsi ce qu’il nommait l’avenir.

Sur sa paume gauche, la marque se montrait plus active qu’elle ne l’avait été jusqu’alors, laissant une traînée absconse dans son sillage. Mais pour l’heure, l’esprit libre, il se contenterait de danser avec les étoiles. Un jour, peut-être, les ferait-il danser à leur tour.
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Viridiana Sovarih
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mar 30 Juin - 12:32

UNE DANSE AVEC LES ÉTOILES

«3ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»
Le Gardien aura suivit Raelag sans ce manifester veillant sur lui comme un fils tout en restant en retrait. Lorsque le jeune aura fini de s’entraîner et s’assiéra pour regarder l'horizon, le vieil esprits s'assoit a ses cotés sans dire morts et regarde lui aussi l'horizon pensif, comme un vieil ami partageant un moment de silence avec lui.

Au bout d'un moment, il pointe une étoile et pose sa main sur l'épaule de l'homme à ses côtés, un geste réconfortant et de confidence.

J'ai un jour offert cette étoile à ma mère alors que je n'avais que six ans. Je me souviendrais toujour de son sourire si reposant et attendrit. Et ce qu'elle me dit me resta à l'Esprit toute ma vie ... Oui je vie encore même si je ne suis plus physiquement présent, dit'il d'un air jovial et amical.

C'était ... si je me souviens bien des mots exactes ... Car oui par contre la vieillesse pardonne personne, riant en même temps.

"Il y a des trésors comme celui la qui reste dans le coeur. Un rien ou quelques mots qui auront toujours plus de valeur que de l'or ou des performances. Sache mon fils que tant que tu garderas ses trésors dans ton coeur sera fortuné de sa richesse en souvenirs. Et elles sont immatérielles et n'ont aucun poids qui entraveront tes mouvements. Et la ton étoile sera ce qui nous liera quoi qu'il arrive. Accroche toi au bonheur et lutte contre tes tourments.

Fait de ces rien une arme contre ce qui t'éloignera de l’harmonie et la sérénité. Cette étoile sera notre lumière et par ce cadeau tu me rendras plus forte quelques soient le monde ou l'on sera. Grâce à elle, je cultiverais ses vertus dans mon âme et j'aurai toujours un contrôle sur la vie et les esprits qui se dresseront contre moi."

J'étais trop petit pour comprendre. Mais le jour où je l'ai vu faire appelle au esprit de la nature et de nos aînés, j'ai vu avec quelle difficulté elle luttait pour pas se faire submerger. Il faisait nuit. Et mon étoile brillait de milles feux.
J'ai alors compris que quoi qu'il arrive nos proches deviennent notre force. J'ai vu son sourire lorsqu'elle a regardé cet étoile et ce soir la, je l'ai vu danser avec les esprits. Elle en était le pilier, sereine et déterminée.

Le sang n'est pas chez nous se qui nous lie réellement comme j'ai longtemps pensé. Mais ce sont nos combats et souvenirs. C'est la que j'ai eu l'idée de faire le Grimoire. Je voulais pas que nos liens se perdent, que nos souvenirs s'envole. Lorsqu'on est mort il n'y a plus de Sang, il y a que l'âme qui reste. Nous ne sommes pas seul.

Enfin! Je suis bien content de te connaitre petit! Je t'aime bien toi.


Le gardien retire alors sa main avec un tendre sourire pour regarder a nouveau l'horizon en savourant se moment. L'Esprit se perd alors dans ses pensées. Le silence est redevenu maître.



"Melandru respecte ceux qui choisissent la voie de l'équilibre... ceux qui vivent "avec la nature" et pas "de la nature". Elle nous enseigne que destruction et protection sont des nécessités, et que chacune vient en son temps."
~ Viridiana et les préceptes de Melandru.
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mer 1 Juil - 17:36

Humain.

«Dans la nuit du 3ème au 4ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»

Raelag ne cilla pas, lors du récit de l’esprit. Les yeux rivés sur les arbres qui s’étendaient en contrebas de leur corniche, il profita pleinement de la quiétude que la nuit leur offrait. Quelque part, le murmure régulier d’un cours d’eau paisible se faisait entendre, pareil à la respiration de l’environnement. Au sein d’un ciel dégagé, la lune, qui serait pleine d’ici peu de temps, éclairait les deux hommes, renforçant de son éclat l’aspect spectral de Liam Van Kregun.

Les secondes s’engrenèrent petit à petit, devenant de longues minutes durant lesquelles ni l’un, ni l’autre ne dit mot. Puis, d’une voix calme qui se fondait dans le souffle du vent, l’humain prononça :


- J’ai mal agi, au Manoir. J’en suis bien conscient.
- Je ne suis pas venu te réprimander, petit, le rassura le défunt.
- Est-ce donc le Grimoire qui vous amène ? s’enquit son voisin.
- Non. Tu as refusé mon offre, et je respecte ton choix. Je ne chercherai pas à te forcer la main. Je te l’ai dit : je suis seulement venu parce que je t’apprécie.

Une effraie des clochers virevolta au-dessus d’eux. Le voleur, assis en tailleur, les mains sur les genoux, inspira une nouvelle bouffée de cet air que pins et épicéas parfumaient. Trois jours s’étaient écoulés, depuis qu’il avait quitté la Volière. Or, bien que le temps paraissait s’écouler avec une incroyable rapidité dans cette région, il avait la paradoxale impression qu’une éternité le séparait du jour où il s’en était pris à l’Ombre.


- Vous savez quel est l’objet de mes recherches. Ce que je cherche à accomplir. Le fait que vous m’appréciez malgré cela en dit long, estima le porteur de lumière.
- Il ne m’appartient pas de juger si les actions des vivants sont bonnes ou mauvaises.
- J’avais besoin de me ressourcer, reprit Raelag après quelques instants. De me retrouver. La mort de Wellan m’a changé en un homme que je ne peux me permettre de rester ; un homme qu’Ambre a su battre à deux reprises, sans le moindre problème.
- Ces combats semblent t’avoir beaucoup affecté, constata Liam. Mais tu ne dois pas être trop strict avec toi. Elle dispose de deux avantages majeurs, à commencer par son héritage d’Ombre. Elle a pleinement embrassé l’Art des Ombres, de manière à obtenir un considérable avantage sur ses adversaires.

À ces mots, l’humain secoua la tête, en signe de désaccord. Sa curiosité éveillée, l’esprit l’écouta :


- Ambre est plus compétente que moi, c’est un fait. C’est une chose qui semble fréquente dans votre famille, à en croire ma rencontre avec Woana. Mais défier des personnes qui sont meilleures que moi n’a jamais été problème. Cette fois-ci, j’ai été le véritable avantage de mes adversaires, et mon premier ennemi. J’ai échoué lors de la mort de Wellan, mais pas lorsque je me suis retrouvé face à elles. J’ai alors échoué face à moi… Si je puis dire. Je pense plutôt avoir reçu une leçon. Me concernant. Je l’assimile encore, sans doute, mais je sais déjà qu’elle ne pourra guère me faire de tort, bien au contraire. J’ignore si je serais capable de défaire Ambre aujourd’hui ; mais je sais que je serais à même de vous offrir un bien meilleur spectacle. Si je veux pouvoir tenir ma promesse, poursuivit-il suite à une brève pause, c’est le chemin qu’il me faut emprunter.
- Cette promesse est une chose qui te tient réellement à cœur. Le petit Velours aura au moins eu une personne sur laquelle il pouvait compter.

Acquiesçant durement, Raelag joignit ses mains, passant distraitement son pouce dans le creux de son poing. Malgré la distance qui le séparait des De Tyrange, il n’avait en rien oublié son engagement.


- J’imagine qu’il se serait déjà empressé d’écrire tout cela dans un son journal… Que penses-tu qu’il dirait de tout cela ? lui demanda le gardien du Grimoire.
- Je crois le savoir. Mais je ne peux laisser de simples suppositions me détourner de mon engagement, répondit Raelag, sans s’expliciter davantage.

Dans l’atmosphère paisible des Cimefroides, les deux hommes semblaient sereins. Ils donnaient l’impression d’avoir tout le temps devant eux, laissant de longues périodes s’écouler avant que l’un d’eux ne reprenne la parole. Couplé à l’ambiance relaxante des environs, le silence avait sur eux une influence charitable, reposant le cœur de l’homme, et détendant les pensées de l’esprit.


- Vous êtes le fils de Shae Phun, n’est-ce pas ? demanda le voleur, en regardant la marque obscure qui ondulait paresseusement en sa main.
- En effet.
- Alors je pourrais vous substituer au médaillon pour remonter jusqu’à elle.
- C’est sans doute possible… Mais sache que tout esprit peut venir à toi, si tu en as une volonté assez intense.
- Tel que je le ressens aujourd’hui, je pense que le médaillon ne me serait plus qu’une aide accessoire. Je peux agir sans.

Liam agréa silencieusement. Il écouta une minute la respiration de son voisin, tout en laissant sa poitrine se soulever dans un rythme similaire, par simple habitude.


- Si tu le souhaites, je peux t’aider à te préparer, et t’entraîner, lui proposa-t-il alors.
- Vous pensez qu’elle mettra ma force à l’épreuve.
- Oh, oui… Elle voudra vraiment tirer de toi le meilleur. Car elle devra se plier à ta volonté… Et c’est l’un des esprits les plus complexes à appeler, et à dominer.
- Peut-être aurai-je donc l’honneur de recevoir une autre leçon, cette fois-ci prodiguée par un ancien, répondit Raelag, le regard vague. Mais elle aura le meilleur de moi, croyez-moi. Si cela s’avère nécessaire, je retournerai dans les Brumes jusqu’à ce que je parvienne à la faire flancher.
- Tu veux mon conseil ? sourit le vieil homme. Pense à mon étoile. Et pense avec ça, aussi, ajouta-t-il, passant sa main fantomatique au niveau du cœur de l’humain.
- Ne vous en faites pas pour cela. J’ai mes propres étoiles qui veillent sur moi, lui garantit son interlocuteur. Et quoi que j’ai pu en penser récemment, l’obscurité n’est jamais totale, quand nous sommes accompagnés par de pareilles lumières.
- Voilà des paroles que j’aime entendre, se réjouit le gardien.

Raelag reposa ses mains sur ses genoux, ses iris clairs toujours rivés sur le lointain.


- L’entendre est une chose… Mais je peux vous assurer que, de le ressentir, c’est infiniment mieux.
- Je le sais, petit… L’ayant moi-même connu, je le sais… commenta-t-il, un sourire nostalgique étirant ses lèvres translucides.

Un nouveau silence s’installa entre eux, durant lequel tous deux regardaient le ciel s’étendant au-dessus de leurs visages. L’étoile de Liam brillait avec force sur la sombre toile de la nuit. Raelag songea qu’il n’avait jamais appris à distinguer les constellations. Lorsque sa mère et lui sortaient, ils s’étaient contentés de profiter de la beauté de ces étendues infinies, tellement plus vastes et libres que leurs plaines krytiennes…


- Ce n’est pas parce qu’Ambre n’est pas de notre monde que vous m’avez proposé de garder le Grimoire, plutôt qu’à elle, affirma le plus jeune. Il y avait autre chose.
- Tu as raison, approuva le fantôme. Tu as un don, et tu arrives à le comprendre.
- Vous parlez de cela ? demanda Raelag, après avoir de nouveau dévoilé la marque qu’il portait depuis sa rencontre dans les Fractales de Dessa.
- J’en ai bien l’impression… répondit-il, tout en observant attentivement la forme obscure et incertaine. Là où notre lignée attire les créatures des Brumes ; toi, tu les repousses.
- … Serait-ce ce qu’il s’est passé dans la Chapelle ? questionna l’humain. C’est une chose qui semble ne pas fonctionner systématiquement, ajouta-t-il ensuite, repensant à l’incident du Fort Trinité.
- La Chapelle ? répéta l’autre.
- Lorsqu’Ambre s’est faite attaquer.
- Oh… Elle n’a pas eu le temps de me l’expliquer. Que s’est-il passé ?
- C’est encore confus, mais... commença Raelag, avant de raconter l’histoire à l’ancien.

Il se lança alors dans le récit de cette étrange soirée : la manière inexpliquée dont ils s’étaient tous deux retrouvés dans l’entremonde, et l’attaque des ombres qu’il avait réussi à interrompre.


- C’est bien ça, commenta-t-il ensuite. Ils te craignent, et ne t’approchent pas… Les mineurs, plus particulièrement. Je comprends mieux ce qu’il s’est passé l’autre jour, avec le Grimoire…
- Certes. Mais puisque vous ignoriez cette histoire, qu’est-ce qui vous a amené à me dire que je suis capable de repousser les démons ?
- Ils avaient réussi à prendre le sang de la petite, pour tenter de s’emparer du Grimoire ou d’en révéler les secrets, répondit l’esprit avec calme. Mais ta présence les a retenus. J’ai pu être plus efficace pour les arrêter… Mais ils réessaieront. Ils doivent profiter de la situation instable que subit la famille, ici.
- Savez-vous ce qu’ils cherchent ? demanda Raelag.
- Oh, ce serait bien difficile… Vois-tu, il y a plus de deux cents ans de savoir, dans ce grimoire. Un savoir qui ruine leurs efforts de venir hanter les mondes des vivants.

Le krytien se contenta d’opiner, sans rien ajouter. Une fois de plus, seul les bruissements de l’eau et du vent vinrent leur parler. Pour l’homme, qui avait grandi dans les terres chaleureuses de la Kryte, la température était fraîche, surtout pour la saison du Scion. Il s’agissait néanmoins d’une sensation qu’il appréciait.

Il avait l’impression d’être avec un vieil ami, et de pouvoir parler librement. Avec les derniers évènements, il n’avait guère eu d’occasions de discuter ainsi, si ce n’est lors des cours instants où il avait retrouvé la compagnie de sa sœur. Ces derniers jours, il avait pu renouer avec les plaisirs de la méditation, en plus des entraînements physiques qu’il affectionnait tant.


- Vous savez qu’il me serait impossible d’être en permanence à proximité du Grimoire. Il est bien trop imposant pour que je puisse le promener avec moi, ironisa Raelag, et je serais bien incapable de rester à ses côtés de la même manière que vous le faites.
- Je ne te parle pas d’en devenir le gardien, petit. Je suis le meilleur pour ça ! Regarde : je suis éternel, et beau. Le meilleur, oui…
- J’avais bien compris, même en ce qui concerne votre beauté, ricana-t-il – il se rendit alors compte que cela faisait longtemps qu’il n’avait plus ri. Mais vous devez réaliser qu’il me serait impossible de le protéger pleinement. Or, les démons pourraient profiter de mon absence.
- Penses-tu réellement que cet objet est totalement réel, et qu’il avait cette taille lorsque nous l’avons commencé ?
- Non, bien sûr que nous. Mais vous doutez néanmoins de votre capacité à le protéger face à ce qui se prépare.
- C’est surtout que nous sommes tous deux liés à un objet, murmura Liam, faisant apparaître dans sa paume azurée un pendentif représentant deux poissons accolés. C’était le médaillon de ma tendre épouse, expliqua-t-il, l’air rêveur, avant de le repasser précautionneusement autour de son cou. Enfin, je respecte ton choix de ne pas le garder. Et je le comprends parfaitement.
- Nous pourrons toujours étudier cette question plus tard, soupira Raelag. Mais je pense que je ne saurais jamais vous offrir mieux qu’une présence partielle et imparfaite.
- C’est déjà très bien ainsi, surtout que cela ne sera pas éternel.
- Venant d’un homme qui connaît réellement l’éternité, ce sont des mots qui ont un sens autrement plus lourd.
- Tu n’as pas tort, petit… sourit l’esprit.

Raelag inspira longuement, le visage neutre, le regard toujours rivé face à lui. Il était enfin redevenu lui-même. Il s’était réconcilié avec les bases de son enseignement, et se sentait de ce fait plus proche de ses parents qu’il ne l’avait été depuis longtemps. Il se demandait si c’était la raison pour laquelle la marque était plus active ces temps-ci, elle qui avait jusqu’alors disparu d’une façon apparemment aléatoire.


- Vous avez parlé de m’entraîner, se rappela le voleur. En quoi cela consiste-t-il ?
- Sans le savoir, tu as commencé, déclara le gardien, souriant derechef. Je te sens plus serein. Mais… il risque d’y avoir un combat avec des arts très anciens ; et surtout, ton esprit devra être sans faille. Sans cela, les âmes prendront le dessus sur toi.
- Plus serein, je le suis, lui garantit l’homme avec détermination. Il m’aura fallu un peu de temps, mais je me sens désormais prêt à affronter mes démons intérieurs. Venir ici m’aura permis de me rappeler que les émotions ne sont pas un fléau, même si elles sont bien souvent douloureuses. Elles sont capables d’animer une flamme dans votre poitrine, et de vous renforcer. Se battre avec son cœur, c’est prendre un risque : on est aussi faible que l’on est fort. Mais c’est ce qui fait de nous des hommes. C’est ce qui fait de moi ce que je suis. Accepter la souffrance aura été difficile. Mais salvateur. J’ignore si ma force spirituelle sera à la hauteur, mais il est en moi une chose sur laquelle nulle âme ne saura prendre le dessus.
- Et quelle est-elle ? demanda Liam, soutenant le regard que lui adressait l’aîné des Arkhen.
- J’aime les gens qui m’entourent. Ceux qui m’ont entouré. Ceux qui m’entoureront. C’est une chose qui me coûte, et qui me fait mal. Mais c’est aussi quelque chose qui me renforce, déclara-t-il, très sûr de lui, en regardant à nouveau l’horizon.
- … Je suis fier de toi, lui annonça le fantôme de Liam, une émotion certaine donnant une certaine vie à ses yeux sans couleur.
- Vous m’en voyez ravi, répliqua Raelag avec sincérité.
- Elle va aimer ça, ma mère, ajouta-t-il, tout en lui donnant une tape sur l’épaule. Bien, reprit-il ensuite, se levant.
- Un esprit a-t-il besoin de sommeil ? s’étonna l’humain.
- Non. Mais il comprend qu’il y a des moments où il vaut mieux se retirer.
- J’aimerai vous invoquer lorsque je me sentirai prêt à aller dans les Brumes, mais j’ignore comment.
- Tu connais mon nom ? Eh bien vas-y, poursuivit-il, en réponse au hochement de tête du jeune homme. Essaie. Je pense que tu sais ce qu’il faut faire. Demande-moi ce dont tu as besoin.
- J’ai toujours communié avec les esprits par le biais d’un lien préexistant. Cependant… Vous n’êtes pas dans les Brumes… Bon, je suppose que cela ne coûte rien d’essayer.
- Il suffit de créer un lien, un pacte. Ou d’avoir l’objet de cette âme.

Les paupières étroitement fermées, Raelag se concentra pour tenter de « créer un lien » avec Liam. Il se focalisa sur l’esprit, pour tenter de communiquer avec lui… Mais lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne lui apparut pas grand-chose de différent. L’absence de réponse de Liam le laissa penser qu’il n’y était guère parvenu. Ce dernier s’inclina alors devant lui, lui tendant une épingle de jade représentant un serpent. Le voleur se releva enfin, et saisit l’objet qu’il détailla un instant.


- Concentre-toi, et recommence.

Sans plus attendre, il s’exécuta. Et quelques instants plus tard, Liam Van Kregun s’était mis à genoux face à lui.


- Je t’écoute, petit.
- Je vous remercie de votre aide, dit Raelag, resserrant son poing sur le serpent de jade. De toute évidence, cela fonctionne… Mais je vous en prie, relevez-vous. Vous n’avez pas à vous agenouiller devant moi.
- Sache que notre famille répondra présente malgré tout, lui assura Liam, une fois debout. Il faut juste passer ces épreuves de la vie.
- Ce sont nos réactions face à genre d’épreuves qui déterminent qui nous sommes. Or, je n’ai pas été l’homme que j’ai été ces derniers jours ; mais j’entends bien me rattraper. Croyez-moi.
- Je te laisse donc poursuivre ta voie, répondit l’esprit, souriant.
- À très bientôt, Liam, le salua l’humain, accompagnant ses mots d’une discrète révérence.



Son pas léger foulait la terre fraîche, ses pieds nus effleurant les herbes multiples et variées de la flore locale. Regagnant promptement le cercle d’arbres resserrés où il avait pris l’habitude de s’entraîner, il percevait avec une intensité amoindrie le vent lui caresser le torse. Raelag huma une dernière fois ce parfum typique des paysages régionaux avant de dégainer ses dagues.

Puis il frappa. Dans une suite de mouvements si faste qu’il parvenait à peine à distinguer le paysage alentour, il asséna une série de coups secs et méthodiques, à des endroits précis. Se laissant guider par son cœur, il se sentit plus humain que jamais. C’était comme si son père l’accompagnait dans l’étreinte qu’il maintenait sur ses armes. Comme si sa mère l’aidait à garder son souffle. Odélie le suivait dans la trajectoire de ses dagues. Dalach l’aidait à rester souple, rapide, hors de portée. Lokam lui donnait l’endurance nécessaire pour maintenir le rythme. Kaewyn l’aidait à prendre son élan, lorsqu’il s’élança pour agripper la branche d’un arbre, au sommet de laquelle il prit la main de Wellan.

Avec chaque pulsation, un souvenir différent. À chaque respiration venait une émotion. Un coup pour la haine, un autre pour l’espoir. Une frappe pour la persévérance précédant une autre pour la tristesse. Trancher l’ennemi pour l’amour. Le vaincre pour l’honneur.
Ce soir-là, lorsque l’emprise du sommeil se referma sur Raelag, il avait une parfaite conscience des battements de son cœur. Plus encore que les dagues qu’il avait rangées, c’était en sa poitrine que se trouvait sa meilleure arme.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Dim 5 Juil - 19:59

Rencontre avec Phun Jae.

«Dans la nuit du 4ème au 5ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»

Saisissant l’aiguille de jade, Raelag se laissa glisser le long de l’arbre qui lui servait de refuge, s’aidant pour cela des branches inférieures, auxquelles il s’accrochait avec aisance. Un peu plus tôt dans la journée, il avait envoyé un message à sa sœur cadette, s’étant rendu compte que sa retraite spirituelle durerait plus longtemps que prévu. S’il ignorait encore combien de temps il lui faudrait avant de pouvoir vaincre les gardiens de la stase, il était néanmoins certain que les environs lui assuraient un calme nécessaire à sa lente guérison.

Avec un peu de chance, il serait rentré dès le lendemain. Cette pensée en tête, il concentra toute son attention sur le minuscule dragon, étroitement serré dans son poing. Il apparut un instant que les vents tourbillonnaient autour de lui, rafraîchissant l’atmosphère – à moins que ce ne fut qu’une illusion de son esprit. La réalité, néanmoins, était que Liam Van Kregun lui faisait face lorsqu’il rouvrit les yeux. Souriant, l’air paisible, l’esprit paraissait de jamais avoir quitté l’endroit.

Tous deux se saluèrent respectueusement, avant que l’humain ne lui confie son envie de se rendre dans le monde spirituel. Contrairement à ce qu’il avait envisagé, le gardien du Grimoire n’y opposa pas la moindre objection, n’insistant guère davantage pour le préparer à l’affrontement qui pouvait l’y attendre. Au contraire, il se proposa de l’y guider. Ce serait toutefois bien au voleur qu’appartiendrait la tâche de les transposer dans ledit monde.

Le krytien jeta un coup d’œil à sa paume gauche. Il en ignorait la raison mais, depuis quelques jours, la marque ne disparaissait pas, et s’agitait parfois même davantage qu’elle n’en avait l’habitude. Bien des mystères planaient encore autour de cette nouvelle cicatrice qu’il portait, mais son instinct lui assurait qu’elle l’aiderait dans sa tâche. Ce fut donc avec une étrange confiance en ses capacités qu’il tendit cette main à l’esprit. Affable, celui-ci l’empoigna, comme un ami en saluant un autre.

C’est alors qu’une vive douleur s’empara du défunt. Bien que peu habitué à ressentir ce genre de douleurs depuis qu’il avait quitté son enveloppe corporelle, il tint bon, et ne lâcha pas l’humain. Ce dernier ayant fermé les yeux, il ne put voir les chaînes sombres et translucides qui paraissaient s’échapper de sa propre main, mais les ressentit bel et bien, lorsqu’elles s’enroulèrent autour des bras des deux hommes. S’étendant pour les étreindre jusqu’à leurs extrémités, elles finirent par s’enfoncer dans le sol, sans y laisser la moindre de trace. Puis ils perdirent connaissance.



Bien des heures s’étaient écoulées lorsque Raelag revint à lui. Confus, il jeta un coup d’œil alentours. Il ne vit pas la moindre trace de chaînes quelconques, ou même de Liam. Mais ces quelques questions ne le perturbèrent guère. À présent, il savait enfin ce qu’il attendait. Son objectif, devenu plus concret que jamais après cette visite des Brumes, se dessinait finalement devant lui. Trébuchant légèrement sur l’herbe, il s’avança vers son refuge. Pour l’heure, il ne pensait même plus à Siam. Il pensait à peine à cette charismatique chamane qu’il venait de rencontrer. Non, les paroles qui lui restaient en tête dataient de bien avant cette rencontre, lorsqu’il s’était rendu dans les Fractales des Brumes.
Dans le creux de sa paume, ignorant sa fatigue, la marque s’agitait plus encore.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 6 Juil - 0:22

Le Faucheur.

«6ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»
Le Soleil disparaissait lentement derrière les montagnes de l’ouest, là où se trouvait la Kryte. Assis en tailleur sur la branche de l’arbre où il avait pris l’habitude de dormir, Raelag regardait paisiblement l’étoile se coucher à l’horizon. Comme la veille, il invoquerait Liam lorsque la nuit serait tombée. L’homme profitait de ces derniers instants de jour pour méditer, inspirant lentement, face à un paysage digne des plus grands tableaux.

Une froide détermination l’habitait, à mesure que se rapprochait son objectif. Il était résolu à mener à bien la tâche qui lui avait été confiée, en dépit de son lourd aspect affectif. De sa vie, il ne se souvenait que d’une seule autre mission lui ayant procuré les mêmes sensations. S’il avait pu réussir cette fois-ci, il n’y avait pas de raison pour qu’il renonce aujourd’hui. Seule sa capacité à parvenir à ses fins restait à évaluer et, au vu des épreuves que représentait la levée de la stase, lui-même avait de quoi nourrir quelques doutes.

Il s’en sentait néanmoins capable. Le regard toujours fixé sur le Soleil, Raelag inspira une bouffée d’air. Un air frais. Trop frais, même. Il baissa les yeux vers le sol, où une brume légère commençait à recouvrir lentement les lieux. Le porteur de lumière se raidit lorsqu’il constata ce phénomène affreusement familier, mais ne bougea point. Mais lorsqu’une silhouette informe se fraya sa place sous les pins, il se releva. Une main contre l’écorce de l’arbre le soutenant, l’autre refermée sur la garde d’une de ses dagues, Raelag examina froidement la chose s’approcher de lui, sans mot dire.


- Raelag, le salua-t-elle d’une voix sourde, caverneuse.

Aussi grande qu’elle fut, la créature n’avait d’autre choix que de lever sa tête pour regarder l’humain. Devant l’absence de réponse de celui-ci, elle poursuivit :


- Tu dois avoir bien des questions.
- … Bien du temps s’est écoulé, depuis le Fort. Pourquoi être venu aujourd’hui ? lança Raelag sur un ton dénué de toute trace d’émotions.
- Je t’ai suivi depuis longtemps. Mais tu n’étais jusqu’alors pas capable de me voir.

La réponse, strictement identique à celle que lui avait donnée Liam quelques jours plus tôt, lui parut étrange. Il se demanda un instant si le monstre ne se jouait pas de lui, une fois de plus.


- Je vous ai vu, au Fort, le contredit-il. Ou n’êtes-vous pas la même… chose ?
- Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé au Fort Trinité, nia la créature, secouant la tête en signe de désaveu. Du moins, pas directement. J’ai quand même une grosse part de responsabilité dans ce qui vous arrive, à toi et aux tiens.
- Je crains qu’il ne vous faille faire mieux que cela pour me convaincre, lança Raelag, dubitatif quant à la pluralité de créatures similaires désireuses de le voir. Mais c’est sans doute ce qui vous amène ici.
- Ce qui m’amène ici, c’est une demande pour ton aide. Aussi puissant que je le suis, je ne peux pas intervenir en Tyrie à l’heure qu’il est.

Son aide ? Raelag pensa plus que jamais que la créature se moquait de lui ! Ce ne pouvait être qu’un tour cruel précédant le meurtre ! Comment aurait-il pu accepter de venir en aide aux abominations ayant égorgé Wellan devant ses yeux ?


- Cependant, poursuivit ce que l’humain prenait pour un avatar de Grenth, Si tu continues dans cette voie, tu commettras les mêmes erreurs que moi… Il y a un autre moyen, mais encore faut-il que tu le veuilles. Quel est ton but, Raelag ?
- Mon but, répéta le voleur, vaguement amusé par l’ironie de la question. Vous l’ignorez, alors que vous prétendez m’avoir suivi depuis des jours.
- Je ne prétends pas lire dans les pensées. J’aimerais l’entendre de ta bouche.
- Soit, acquiesça-t-il. Je compte mettre un terme aux souffrances de Siam de Hiaul, de Tyrange. Avant que la corruption de Bulfarion ne la ronge.
- Vraiment ? lui demanda la chose, inclinant ce qui lui servait de visage sur le côté. Est-ce vraiment ce que tu veux ?
- Je n’ai pas parlé de ce que je voulais, rétorqua l’humain. Je suis le premier désolé de voir que mes désirs sont contraires à ce que vous appelez « mon but ». Mais c’est ainsi. Vous êtes bien placé pour savoir que les choses ne vont pas toujours de la manière dont nous le souhaiterions, renchérit-il, une pointe de rage dans la voix.
- Je ne le sais que trop bien, répondit l’avatar en opinant, avant de lever sa main vers lui. Laisse-moi te montrer quelque chose.

Dans un craquement sourd, Raelag s’écroula alors, pareil à une vulgaire poupée de chiffons. Inconscient, il fut retenu dans sa chute par la corde qu’il s’était ceinturée, et par les branches inférieures sur lesquelles il atterrit, dans une position précaire inconfortable. Cependant, il ne s’en rendit pas compte. Plongé dans un sommeil profond, il ne vit qu’une rapide succession d’images, où il reconnut bientôt les visages de Kaewyn et des jumeaux. À des âges et lieux différents, il les aperçut seuls ou en sa compagnie, sans réellement comprendre ce qui se déroulait, jusqu’à ce qu’une voix profonde résonna à ses oreilles, comme émanant de son propre cerveau :


«  Toutes ces visions sont vraies. Dans certaines, tu fais le choix de les abandonner ; dans d’autres, tu les tues ; et dans certaines, tu décides de te battre jusqu’au bout pour eux… Ce choix t’appartient maintenant, tu as encore ton mot à dire dans cette histoire et, si tu veux bien m’écouter, vous pourriez tous vous en sortir sain et sauf. »






«7ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»
Quand Raelag revint enfin à lui, le jour s’était levé. Avec sa conscience revint rapidement la douleur, qu’il ressentait dans son dos, ainsi qu’à divers endroits – notamment son visage, griffé par les aiguilles de l’arbre. Son premier mouvement le fit glisser de la branche le soutenant. Tandis qu’il se débattait dans le vide, sa corde, devenue son seule support, émit un bruit inquiétant. Il parvint néanmoins à se redresser, accroché à une ramure du pin, appuyé sur une autre – qui n’aurait toutefois pas été assez solide pour le porter, seule. Ignorant la peur que lui inspirait la créature toujours présente, il trancha d’un geste sec la corde qui le maintenant, et atterrit lestement sur le sol brumeux.


- Vous avez une étrange notion du « sain et sauf », répondit-il aux derniers mots entendus, avec un mouvement de recul. Dois-je vous rappeler ce qui est arrivé à Wellan ?
- Hum. Non, évidemment. Mais il y a un moyen de réparer ce qui a été brisé. Tes talents… Hum, disons de… ritualiste, seront très utiles ; mais avant ça, tu dois changer tes plans. Kae n’a pas besoin de mourir.

Tandis qu’il jetait une poignée d’épines qui s’étaient enfoncées çà et là dans sa peau, Raelag nota subitement quelque chose. Relevant ses yeux vers l’étrange créature de l’Outre-Monde, il la regarda d’un œil nouveau, comme s’il la découvrait subitement.


- …Rares sont ceux qui l’appellent par ce nom, articula-t-il lentement.
- Nous nous sommes déjà croisés auparavant, répondit l’autre, impassible, après un silence qui parut une éternité. Du temps où j’étais encore mortel. Je n’aiderais pas n’importe qui simplement parce qu’il est malheureux. Je suis ici pour réparer mes erreurs, mais également pour rompre tout lien entre Grenth et cette famille.
- Wellan disparu, quels liens subsistent-ils ? cracha le krytien, qui maitrisait une indicible colère montant en lui.
- Les tiens, Raelag… Ne t’en déplaise, tu as été le meilleur des pères de ces enfants.
- Moi ? Je représenterais un lien entre Grenth et… « cette » famille, pour reprendre vos mots ? reprit-il, notant bien la formulation qu’il dépréciait au possible.
- Non, bien sûr que non. Je suis le lien, avec le Wellan encore en vie, entre cette famille et Grenth. Mais tu es la clé pour leur salvation. Plus d’un innocent peut être sauvé, si tu daignes épargner la vie de Kae…
- Il n’y aura pas de salvation pour Siam. Son fils est mort. Comment pouvez-vous seulement penser qu’une cicatrice pareille pourra un jour se refermer ?
- Ce serait extrêmement long de t’expliquer tout cela. Parce que cela dépasse de loin la compréhension de simples mortels. Wellan peut être sauvé ; seulement, il me faudra plus de pouvoir.
- Sauver le Wellan adulte ne changera rien, opposa Raelag. Mais je dois reconnaître que c’est pour le moins pratique, que de me dire de vous obéir pour des raisons que je ne saurais comprendre.
- Je ne te parle pas que du grand Wellan. Une particularité des Champions de Grenth est qu’ils contrôlent le flux des âmes. L’âme du petit est encore en train d’erreur dans l’Outre-Monde. Mais je n’arrive pas à le localiser. C’est là que tes pouvoirs interviennent.
- Expliquez-vous donc. Que voulez-vous de moi ?
- Au moment voulu, je vais avoir besoin de toi pour localiser l’âme du petit.
- Autre chose ? persifla-t-il.
- Oui. Comptes-tu toujours tuer Kae ?
- Vous dites que la laisser vivre sauverait des vies innocentes. Comment, et pourquoi ?

Puis, à sa grande stupéfaction, le Champion lui répondit :


- Je répondrai à ces questions bientôt. Je ne peux plus me maintenir dans ce monde plus longtemps. Je reviendrai vers toi dès que possible.

Puis, avant même que l’humain n’ait pu répondre, il avait disparu, emportant la brume dans son sillage. Raelag resta quelques instants interdit. La même créature que celle qui avait égorgé Wellan venait d’apparaître devant lui, pour lui demander d’acquérir davantage de pouvoir… Sa facilité à l’endormir montrait qu’elle aurait aisément pu le tuer, et pourtant… Il était toujours là.  

Vivant parce que cette chose voulait du pouvoir. Ainsi que le maintien de la stase qui protégeait la femme. Le tuerait-elle s’il refusait… ?

Il était peut-être peut prudent de se dégager de son armure si peu de temps après une pareille apparition, mais il avait besoin de penser à autre chose. Se dirigeant ainsi vers le cours d’eau jouxtant son refuge, Raelag maudit le nom des De Hiaul.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 6 Juil - 19:01

Le Domaine des Kim.

«Du 7ème au 11ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»

La nuit étant retombée avant que le Faucheur ne réapparaisse, Raelag décida d'invoquer l'esprit de Liam. Il avait longuement réfléchi à la question, l'idée de se plonger dans une sorte de sommeil artificiel en la présence d'un Champion de Grenth ne l'enthousiasmant guère ; mais il devait se rendre à l'évidence: si cette créature voulait réellement le tuer, le fait qu'il soit conscient ou non n'y changerait rien. Bien au contraire, il lui serait plus aisé d'affronter cette perspective, loin de son corps. Il gagnerait ainsi du temps, et quelques frayeurs qu'il estimait parfaitement dispensables.

Le gardien resta ainsi à ses côtés pendant plus de quatre jours, quatre jours pendant lesquels ils se rendirent périodiquement dans ce que Raelag surnommait le domaine des Kim. L'endroit, paradisiaque, avait de nombreux points communs avec le lieu que Woana avait reproduit au marais d'Anathema, mais le krytien n'y retrouva cependant pas de temple similaire. En revanche, il y constata une présence spirituelle prodigieuse.

En plus des quelques spectres humanoïdes, il découvrit avec une curiosité non feinte une multitude de créatures diverses, qui ressemblaient plus ou moins à des croisements improbables entre divers animaux. La première fois que l'humain communia avec cette instance des Brumes, il se contenta de se promener dans ce paysage resplendissant. Néanmoins, il ne prêta qu'une attention limitée aux troncs sinueux qui bordaient des chemins fleuris. Le cours de l'eau, qui paraissait le suivre dans ses pérégrinations, ne l'intéressait guère, pas plus que la présence des multiples insectes lumineux à sa surface. Oui, l'homme restait focalisé sur une seule chose: les esprits mineurs, qui s'imposaient sur le chemin que crayonnait sa promesse faite une autre âme. Il les détaillait longuement, se demandant sur quels critères il pourrait bien les distinguer, et lequel d'entre eux serait le plus susceptible de lui venir en aide lors de son affrontement avec Shun Jae.

Son regard clair s'était arrêté sur une chose qu'il peinait à nommer, lorsque la douleur lancinante, qu'il ressentait habituellement lors de pareilles excursions, s'accentua brusquement. L'instant d'après, Liam et lui étaient sortis des Brumes, et la peine s'était interrompue.



Il lui apparut bientôt que l'écoulement du temps dans les Brumes revêtait un caractère résolument aléatoire. Alors qu'une journée complète s'était écoulée lorsqu'il y avait accédé, dans la caverne du troll ; moins d'une heure semblait cette fois-ci le séparer de son entrée dans le domaine. Il fit une longue pause, le temps de reprendre des forces, puis décida d'y retourner sans attendre davantage - ce à quoi le Gardien ne s'opposa guère.

Tous deux réapparurent au même endroit - Raelag, identique à lui-même, accompagnant un Liam d'apparence incroyablement plus jeune. Mais cette fois-ci, ils eurent de la visite: la petite créature qu'ils avaient observée avant de ne devoir quitter les lieux se trouvait juste là, face à eux.

Elle avait pour seul corps une simple boule d'un blanc opalescent, qui dégageait une légère lueur fantomatique. Au centre, deux points noirs semblaient faire office d'yeux, tandis qu'une ouverture - qui tournait joyeusement le long d'une ligne invisible - s'apparentait à une bouche. La créature était suspendue dans les airs, se remuant au rythme de longues feuilles lisses et pourpres. Trouvant leurs racines au sommet du crâne de l'esprit, ils étaient bien plus longs que le reste de son corps, et répétaient sans cesse un mouvement qui rappelait celui de l'ombrelle des méduses.

Instinctivement, Raelag tendit la main vers l'esprit. Il n'aurait su dire s'il s'agissait de son air joyeux, ou de la combinaison d'une chevelure écarlate sur un teint blême, mais quelque chose lui donnait le sentiment d'avoir toujours connu cet animal.



Bien qu'il aurait juré avoir passé moins de temps dans les Brumes que lorsqu'il s'y était rendu un peu plus tôt, il faisait nuit lorsque Raelag revint en Tyrie. Nouant fermement à sa taille une corde qu'il avait attachée à l'arbre le supportant, il souhaita une bonne nuit au gardien du Grimoire qui, pour la première fois, resterait en sa compagnie.



Le Champion ne reparut pas non plus le lendemain. Le krytien n'en avait pas parlé à au fantôme, patientant pour savoir s'il saurait reconnaître l'esprit qui se cachait derrière le masque du faucheur. Ainsi, dans l'attente de ce moment, ils retournèrent dans les Brumes, où l'esprit mineur les accueillit avec ferveur. Suivant les instructions de Liam, Raelag répéta dans les Brumes le rituel qu'il avait répété, durant ces derniers jours dans les Cimefroides, afin de se lier avec l'animal. Il s'entraîna ainsi de diverses façons en sa compagnie, que ce fut en méditant, ou en faisant usage de ses lames.
Certes minuscule, l'esprit se révéla néanmoins plein de ressources, notamment lorsque ses cheveux - à moins que ce n'étaient des tentacules? - se dressèrent au-dessus de son visage jovial, et qu'il s'embrasa tout entier, une flamme bleutée se transmettant par ailleurs aux dagues du visiteur des Brumes. Face à la réaction surprise du voleur, l'esprit éclata d'un rire cristallin.



Ses entraînements devinrent une distraction nouvelle pour les esprits du domaine des Kim, et plus particulièrement pour les esprits mineurs, bon nombre d'entre eux venant flotter d'un air absent autour du voyageur qu'ils observaient. À l'occasion, Raelag aperçut même d'autres présences, plus fortes. Ainsi, une femme à la chevelure rousse revenait régulièrement, l'observant de loin. Elle ne se cachait pas particulièrement, et se contentait de le dévisager en caressant ses familiers d'un geste devenu mécanique. Se demandant vaguement si Phun Jae avait envoyé l’une de ses proches surveiller ses progrès, le voleur ne se laissa néanmoins point perturber par ses spectateurs, et poursuivit avec une ferveur grandissant à chacune de ses visites au sein des Brumes.

Il s’avéra que les techniques de combat dans les Brumes n’étaient guère bien différent de celles qu’il pratiquait en Tyrie. Ainsi, il parvint bientôt à se battre en synergie avec l’esprit mineur, tirant profit des atouts de celui-ci.

À l’aube du onzième jour de la saison du Scion, alors que Liam et Raelag revenaient en Tyrie, les chaînes éthérées se dissipant autour d’eux, celui-ci le congédia donc. Puis d’une voix assurée, l’humain lui assura que, la prochaine fois qu’ils se verraient, ils franchiraient enfin la prochaine étape.


Dernière édition par Raelag Arkhen le Jeu 9 Juil - 14:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Jeu 9 Juil - 14:03

Derrière la Faux.

«11ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»
Une poignée de secondes s'étaient écoulées depuis le départ de Liam, qui apparut être le signal attendu. La rosée qui perlait aux herbes hautes se solidifia en une multitude de petits glaçons qui étincelèrent brièvement aux rayons de l'aube, avant de ne se fondre dans une brume épaisse qui paraissait émaner du sol lui-même. Dans la clarté matinale, une obscure silhouette désormais familière au voleur apparut, faisant taire les rayons d'un soleil encore timide.

C'était la troisième fois que Raelag se trouvait face à l'un des Champions de Grenth. Contrairement à leurs précédentes rencontres, l'humain avait cette fois-ci eut le temps de se préparer. Ayant conscience que la créature était, pour une raison qui lui était inconnue, incapable de rester ausis longtemps qu'il l'aurait voulu dans le monde des mortels, il ne perdit guère de temps en inutiles bavardages, et alla droit au but:


- Vous disiez que laisser vivre Siam sauverait des vies innocentes. Vous ne m'avez par contre pas expliqué pourquoi, ou comment.

Le champion patienta un instant avant de lui accorder sa réponse, mesurant l'ampleur des mots qu'il emploierait.


- La situation est complexe. Que sais-tu du mal qui affecte Kae en ce moment?
- Qu'il a débuté lorsque Bulfarion a exécuté sur elle un rituel qui semblait faire usage d'une forme avancée de magie du sang. La corruption la ronge depuis, se nourrissant de ses démons intérieurs, tandis que ses proches semblent lui permettre de mieux y résister - mais pas de l'arrêter.
- La vérité est encore une fois bien plus compliquée qu’il n’y paraît, répondit la créature. Bulfarion n’est autre qu’un Champion de Grenth lui aussi. Kae était sous l’influence d’un démon de Bulfarion et non celle de ce dernier. Je suis le faucheur qui a tranché la tête au démon qui possédait Kae. Le fait est que, en dépit de la disparition du démon, la corruption de celui-ci affecte toujours Kae ; et que le seul moyen de la libérer est de tuer Bulfarion.
- C'est donc l'autre moyen dont parlaient les Kim pour la purifier. Tuer Bulfarion. Voilà qui s'annonce facile, persifla l'homme.
- Je ne t'ai jamais dit que ce serait toi qui tuerais Bulfarion.
- Seulement repérer le lieu où erre l'âme de l'enfant, alors?
- Et ne pas tuer Kae.

Raelag opina d'un mouvement sec, assimilant avec peine les informations que lui livrait son interlocuteur. Ne disposant néanmoins pas d'assez de temps pour en perdre à se morfondre sur les nouvelles tâches impossibles qu'il voyait se profiler devant lui, il poursuivit:


- En supposant que vous puissiez réellement ramener Wellan à la vie, où placeriez-vous son âme? Le corps de l'enfant a été brûlé.
- Cela va bien au-delà de la compréhension des mortels. Les Champions de Grenth sont les garants de l’équilibre entre les inter-mondes, le fait est que le petit Wellan ait été assassiné sans raison valable me donne en quelque sorte le droit de le ramener en Tyrie sans graves conséquences.
- Intéressant. En ce cas, si je venais à tuer Siam malgré vos suppliques, qu'est-ce qui vous empêcherait de la ramener, elle aussi, à la vie?
- Je ne pourrais pas ramener Kae. Enormément de facteurs contribuent à ça. Un des principaux est que son âme est plus vieille que celle de Wellan. Rassembler toutes les conditions pour la tuer pour pouvoir  ensuite la ramener à la vie est bien trop complexe.
- Donc, je dois ignorer les désirs de Siam pour vous obéir, guidé par des raisons mystiques, puis tenter de réaliser un rituel pour vous. Et vous voulez également que je vous aide à acquérir plus de pouvoir. Il est intéressant de voir comme vous me dictez ma conduite, avant même de me prouver que vous êtes réellement différent de l'assassin de Wellan. Le fait que je sois encore vivant, en dépit de votre habilité à me plonger dans un sommeil profond tend à supposer votre bonne foi. Mais le dernier être de votre espèce que j'ai vu a égorgé quatre de mes collègues, et un enfant qui me considérait comme son père. Devant mes yeux. Vous comprendrez donc mes appréhensions à votre égard.
- Tu as le droit de refuser de m’aider. Après tout je te propose cette solution parce que je pensais qu’elle pourrait t’aider également. Tu dis toi-même que ton but et ce que tu souhaites sont deux choses différentes. Ce que je t’expose ici permet de concilier les deux voire même plus. J’ai un moyen de tuer Bulfarion une fois pour toutes ; mais si tu décides de continuer dans la voix que tu as empruntée, je crains ne pas avoir le temps de le faire, et mon combat aura alors été vain.
- Vous avez au moins le mérite de parler. Votre ami n'avait guère pris le temps de discuter, lorsqu'il est venu tuer l'enfant. Peut-être aurez-vous la décence de me dire ce qui a précipité sa mort?
- Pour cela, il faudrait que je t’explique ce que je suis et ce qui s’est passé. Je n’ai pas le temps de t’exposer tout ça maintenant.

Faisant fi de la frustration que l'absence de réponse du faucheur lui prodigua, l'homme enchaîna sur les autres questions qu'il voulait lui poser.


- J'ai tout de même du mal à concevoir qu'un être tel que vous puisse avoir besoin d'un simple mortel. J'ai vu de quoi les vôtres sont capables. J'ai tenté de vous affronter, vainement. Stupidement, sans doute. Mais je sais que Grenth a fait appel à des humains, lorsque Dhuum tenta de reprendre sa place. Aussi puissant que vous êtes, vous n'êtes pas invincible.
- Ce que tu dis est vrai, nous ne sommes pas invincibles mais n’oublie pas que les « hommes », comme tu les appels, qui autrefois ont été appelé pour sauver l’Outre-Monde de l’invasion de Dhuum étaient des demi-dieux. Ces champions avaient accompli le rituel de l’ascension et ainsi gagner le droit de pénétrer dans l’inter-monde de Grenth. Les Champions de Grenth ont un rôle similaire. Si Dhuum essaye de se libérer, nous intervenons. Nous commandons alors les armées. En des temps plus calmes nous sommes responsables de l’équilibre. Quand bien même ce concept peut t’échapper, Grenth à toujours œuvrer pour maintenir l’équilibre dans les inter-mondes d’une manière ou d’une autre… Pour répondre à ta question, oui, nous pouvons être vaincu mais pas par de simples mortels.
- Si ce que vous dites est vrai, me le révéler pourrait signifier de votre part une grave trahison envers Grenth...

La créature ne réagit pas. À ses pieds, le brouillard restait dense, et l'air ambiant qui les entourait demeurait à une température anormalement basse.


- Certains pensent que quelque chose en moi repousse certains démons de l'Outre-Monde, reprit Raelag. Des démons "mineurs". Est-ce ce qui vous a amené vers moi?
- Non, je n’avais pas connaissance de cela mais je peux te confirmer que ton âme est forte. Ce qui veut dire entre autre que tu ne peux pas être sujet à de faibles corruptions rien de plus.
- Et qu'en est-il de Bulfarion? Qui est-il? Que veut-il?
- Bulfarion était un Champion de Grenth, répondit le faucheur après une longue pause, comme s'il lui coûtait de livrer cette information. Il était l’agent de Grenth affecté à la Tyrie. Il veut maintenant que je disparaisse, et fera tout pour que j’abandonne le combat que j’ai commencé…

L’humain ferma les yeux quelques secondes. Il se rappelait distinctement de sa dernière rencontre avec cette créature, de la manière dont elle avait parlé des De Hiaul. Aujourd’hui, elle prétendait se battre pour eux…


- Vous vous donnez beaucoup de mal pour une femme qui vous déteste. Ils pensent tous que vous avez disparu. Vous n'étiez pas là, lorsqu'elle est l'enfant ont été enlevés par le démon. Et quand je vous entend parler de votre propre famille comme s'il s'agissait d'étrangers, je ne peux m'empêcher de leur donner raison. Lors de votre vivant, je vous pensais bon. Est-ce la mort qui vous a rendu aussi abject, Ilion?

En lieu et place de toute réponse, la lumière des environs diminua brutalement, comme si la nuit était revenue. Mais aucune étoile ne brillait plus dans le ciel. L’air devint véritablement glacial, tant et si bien que Raelag sentit ses extrémités s’engourdir rapidement. Il ne bougea toutefois guère, et fit face au Champion, dont les yeux sans regard se mirent à luire d’un bleu austère. Pendant un court instant, l’aura meurtrière de la créature emplit l’atmosphère, ne laissant parvenir aux oreilles du voleurs que le souffle rauque de l’être qu’il avait devant lui. Puis, au sein des ténèbres, il perçut l’écho d’une multitude de cris, douloureux mélange d’effroi et d’agonie, qui paraissaient survenir du néant alentours, ainsi que de son propre corps.

Bien que le phénomène ne dura qu’une dizaine de secondes, l’humain en eut un tout autre ressenti. Face à la mort personnifiée, même sa première rencontre avec un Faucheur de Grenth apparaissait comme un souvenir plaisant. Il avait néanmoins tenu bon et, lorsque le calme revint, l’air qu’il inspira lui fit l’effet d’un alcool norn.

Ilion s’adressa alors à lui avec un timbre que le porteur de lumière peina à reconnaître. En cet instant, il parut plus humain que jamais, et Raelag eut l’impression que, quelque part derrière la faux, un cœur persistait.


- C’est tout à fait compréhensible ; mais aujourd’hui, tout ça m’importe peu. Il ne me reste pas beaucoup de temps, et j’aimerais enfin faire quelque chose pour les personnes que j’ai aimées, et qui n’avaient pas mérité ce qui est arrivé. Mon temps est écoulé, reprit-il après une brève pause, sa voix recouvrant promptement ses intonations séculaires. Je me doute que tu as encore des questions, et je reviendrai bientôt.

Raelag resta pantois quelques instants, les dernières paroles d’Ilion résonnant en écho dans son crâne. Plus encore que la possibilité de devoir l’aider à tuer Bulfarion, ou son désir de ressusciter Wellan, c’était l’homme sous le masque qui l’avait marqué.

Puis une autre image s’imposa à lui. Il revit son épée se briser sous la poigne du Faucheur qui avait tué Wellan. Bulfarion était donc l’un d’entre eux – peut-être même que Wellan avait été tué de la main du démon. Son regard se portant sur le soleil levant, Raelag réfléchit aux choix qui s’offraient à lui.
Il n’aurait pas la moindre chance de vaincre Bulfarion. Mais il pourrait bientôt tenir sa parole envers Kaewyn de Tyrange.
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Siam De Tyrange

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Extrait des Registres des Familles
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Origine: Tyrie 1327 A.E.
Classe: Pharmacienne

MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Lun 13 Juil - 14:12




Une tendre étreinte

«La force d'une inébranlable volonté peut briser les frontières et les mystères des Brumes.
~ Woana, L'Ombre Mortelle
»
Cette soirée aura laissé un drôle de sentiment dans le coeur de toute la famille. Chacun aura alors trouvé son rôle et combattu ses propres démons pour à présent marcher côte à cote pour le petit Loup et sa mère. Un peu plus tard dans la soirée, Wellan et Raelag auront trouvé un coin où s'installer pour la nuit. Wellan se sera assoupit aux cotés de ses loups, laissant Raelag seul avec ses songes.

Le temps passa lentement et le Maître des Ombres sentira alors une présence qui lui est familière mais étrangement différente. Des souvenirs de sa vie au Pavillon lui revient alors avec cette sensation d’être dans son chaleureux foyer. Il sentira alors des bras l’enlacer devant lui dans une douce et réconfortante étreinte qui sembla durer un long moment sans un mot ou autre geste. Cette présente dans son dos le porte contre elle comme pour le soutenir dans se qui semblerait de longues minutes. Il sentira alors un souffle sur ses tempes portant quelques mots à son oreille.


J'aimerais tant avoir des mots assez force pour te remercier. Tu es notre force et notre guide. Tu es mon salut et ma lumière. Je brise les chaines qui entraveraient ta liberté ... C'est la meilleur choses que je puisse faire pour te remercier. Tu m'as sauvé ... Et je serais toujours la pour toi quoi qu'il arrive.


Esprit Libre
Liens du coeur
Harmonie
Un grand silence s'installa et comme pour appuyer ses mots, la voix dépose un doux baiser sur sa tempe et retire alors ses bras avant de partir. La nature reprit alors ses droits sur la réalité laissant Raelag dans ses songes.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mer 22 Juil - 17:32

Jour 2.

«Dans la nuit du 14ème au 15ème jour de la saison du Scion, 1328 Ap.E.»

J'ai dit à Odélie que nous pouvions accélérer le processus. D'une manière ou d'une autre, toute cette histoire avec Belfurion touche à sa fin. Ce qui veut dire que ma vie est sauve, une fois de plus. Le Faucheur aura retardé le procédé, mais ma sœur va finalement pouvoir récupérer une vie normale. Je ne l'ai que trop impliquée dans mes affaires, et le fait qu'elle puisse enfin retrouver son indépendance me réjouit au plus haut point. Cette dernière année aura forcé l'évolution de notre relation, dans un sens que j'arrive enfin à apprécier. Réapprendre à vivre en se défaisant de ces secrets et mensonges qui dressaient un mur entre nous aura été fastidieux. Il s'agit d'ailleurs d'un travail qui se perpétuera encore un moment, je n'oserais prétendre que les cicatrices s'étant récemment ouvertes aient pu cicatriser en si peu de temps. Mais nous avons pu cautériser nos plaies. En famille, la flamme de la rancœur est une chose qui ne s'attise pas ; au contraire, on l'utilise pour aller de l'avant.

La vie qui m'attend est plus obscure. Je pensais en discerner les contours, bien qu'abscons. Les derniers évènements ont cependant fait voler cette douce image en éclats. Peut-être travaillerai-je aux côtés de William. Peut-être trouverai-je autre chose. Quoiqu'il en soit, je ne m'imagine plus reprendre la place que j'occupais au sein du Pavillon Edelweiss. J'ignore même si je pourrai rester dans l'Ordre, lorsque la sanction suite à la mort des nôtres aura été prononcée.

J'ai perdu la place que j'avais au sein de la famille De Hiaul. L'arrivée des enfants des Brumes ne l'a pas agrandie, elle m'en a simplement écarté. Si l'alter-égo du fils d'Ilion survit, alors il en sera le nouveau gardien. Entraîné par un Faucheur de Grenth, il saura s'atteler à cette tâche mieux que nul autre - ce qui tombe bien, puisque c'est précisément ce qui l'a attiré dans notre monde. S'il ne survit pas, l'histoire sera également terminée. Quoiqu'il en soit, je ne me pense pas capable de supporter le poids de leur regards plus que cela ne sera nécessaire. Dans le miroir de leurs yeux, je me verrai toujours comme le simple mortel. Celui qui a laissé mourir l'enfant, pour ensuite confier son sort entre les mains d'un tiers. Celui qui n'a rien pu faire. Seulement lever un stupide bouclier - quoiqu'une fois renforcé, le jeune De Hiaul pourrait peut-être accomplir cette tâche également.

Toute personne lisant ces lignes pourrait avoir l'impression qu'il s'agit tout bêtement d'une crise d'égo. Il se trouve que cette personne aurait parfaitement raison. J'en ai bien conscience, je ne supporte pas l'idée d'être incapable de venir en aide à ceux auxquels je tiens. Il m'a été horriblement douloureux de voir l'enfant du Faucheur partir en sa compagnie, emportant avec lui les derniers espoirs de mener cette histoire à une fin heureuse. Aujourd'hui, je comprends mieux les paroles de Dalach, lorsqu'il me disait que l'égo est indispensable à la survie. Quand on joue avec la vie des autres, quand on pouvoir pareil est entre nos mains, il vaut sans doute mieux de se persuader qu'on a quelque chose de plus, qui justifie notre survie, et notre capacité à décider de celle des autres.

Or, depuis que Sun Jii m'a sorti de l'Outre-Monde, je me suis vu devenir de plus en plus dispensable. Finalement, je me demande: à quoi bon? J'ai passé un temps fou à rechercher le moyen de purifier la femme d'Ilion, puis de la libérer des emprises conjointes du démon et de la stase. En vain. Cette tâche n'a jamais été à ma portée. Et il suffira de trois jours au fils de celui-ci, pour qu'il soit prêt à le vaincre.

C’est une chose que j’accepte plus sereinement que par le passé. Je n'ai jamais prétendu disposer de pouvoirs similaires à ceux qu'il va acquérir. Défaire, ou même seulement défier, l'un des serviteurs de Grenth n'a jamais été dans mes projets. Il est toutefois difficile de reconnaître son incapacité à aider ceux qui le méritent.

J'ai passé trop de temps à occuper une place qui n'était pas la mienne. L'homme qui est venu me parler cette nuit est le père de ces enfants, et celui qui permettra à cette famille de s'en sortir. Il aura suffi de trois jours.

À l’heure où j’écris ces mots, ce même troisième jour ne devrait plus tarder à se lever. Tout s’achève ici.
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Raelag Arkhen
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MessageSujet: Re: Esprit de familles.   Mer 21 Oct - 19:27

Fin

Et l'ombre, à l'aube revint.


23 ans plus tôt.

Le garçon s'assit contre l'écorce rugueuse d'un Cœur-de-chêne assoupi dont les épaisses racines  s'enfonçaient profondément dans la terre meuble, et laissa glisser entre ses doigts les hautes herbes de la plaine. Il contempla brièvement une pivoine qu'il avait effleurée, avant de plonger son regard, à la rêverie encore enfantine, dans les profondeurs infinies du ciel nocturne. Sa soeur cadette, dont il tenait étroitement la main, avait appuyé sa tête aux longs cheveux châtains contre la créature, ses yeux clos attestant des difficultés qu'elle présentait pour résister à l'emprise d'une fatigue grandissante.

Leur mère s'assit à côté de la benjamine, dont elle caressa la joue dans un geste aussi répétitif qu'affectueux. Son mari, quant à lui, vint se placer face à eux. L'éclat de la Lune se reflétant dans la blancheur de sa chevelure plaquée en arrière, il s'accroupit à proximité d'un insecte. Lorsque l'homme, une lueur verdâtre passant dans son regard, tendit la main vers celui-ci, il s'arrêta net en plein vol et retomba avec lenteur sur le sol.

L'aîné des deux enfants admirant des constellations dont il ignorait le nom, personne n'y prêta attention. Un peu plus tôt dans la journée, sa mère leur avait proposé à tous d'aller s'aventurer, au soleil couchant, dans un coin reculé des champs de Gendarran. Ils étaient volontiers partis, s'éloignant de la réalité qu'incarnait le combat quotidien contre les centaures. Partis dans un lieu qui, bien que reculé, n'en demeurait pas moins ordinaire, la compagnie des leurs les avait menés en un lieu hors de l'espace et du temps.


Aujourd'hui,
Après les faits
.

Raelag rangea ses dagues dans leur fourreau respectif, puis souffla les lumières qui baignaient la pièce dans leur éclat chatoyant. Plongé dans l'obscurité, il emprunta à l'aveugle ces escaliers qu'il connaissait par coeur, refermant derrière lui le panneau de bois qui se fondit aussitôt dans le mur. Il y avait plus d'un an qu'il avait quitté cette pièce. Elle n'avait pas changé depuis. Lui, si.

Ses travaux sur le ritualisme avaient nettement progressé, grâce notamment à l'aide de nombre de ses proches. Il avait ainsi pu voyager à plusieurs reprises dans les Brumes, et aller à la rencontre de fantômes du passé, redécouvrant ainsi de ses propres yeux de réels morceaux d'Histoire. La cicatrice noirâtre qu'il portait à la main gauche en attestait, il y avait fait des rencontres pour le moins inattendues. Et s'il n'avait été capable d'entrer en communion avec l'esprit qu'il ciblait, il avait fini par s'accoutumer à l'idée de ce Voile qui les séparait. S'il n'abandonnait pas pour autant cette idée de lui parler, il s'efforcerait désormais de mériter le pardon, plutôt que de seulement le quémander.

Les évènements récents l'avaient forcé à apprendre à mieux se contrôler. À vivre avec lui-même, en osant fixer le bleu des yeux que lui renvoyait son reflet. Pas de masque, pas de mensonge, seulement son coeur et son esprit. La tâche, qui exigerait encore de lui un travail quotidien, n'était pas aussi simple qu'elle pouvait en avoir l'air. L'Ordre des Soupirs l'avait façonné de sorte à ce qu'il soit mille personnes ; et l'adolescent qu'il était alors avait égaré dans ce chaos d'identités celle qui lui était propre. Une page à la fois, il avait écrit les récits disparates de personnalités diverses. À présent, il s'agirait de retrouver les éléments de ce puzzle épars, pour rallumer dans son regard une flamme qui serait la sienne. La curiosité, ici, était que sa soeur semblait d'ores et déjà avoir élucidé ce mystère. Mais il est des intrigues dont on ne peut demander la solution à un tiers, et celle-ci en faisait partie.

Penché sur le rebord d'une des fenêtres de la pièce, Raelag répondit au signe que lui adressait l'un des gardes du village. De retour chez lui, il savourait la perspective d'une vie où l'avenir n'était que possibilités. Ce retour aux sources, même s'il s'annonçait bref, lui serait résolument bénéfique. L'air même paraissait différent ici de celui qu'on pouvait inspirer ailleurs dans les champs de Gendarran. Les couleurs également, ressortissaient d'une manière plus vive, plus lumineuse qu'elles ne le faisaient ailleurs. De bien des façons, ce n'était qu'en cet endroit qu'il se sentait chez lui. Et ce ne serait probablement qu'ici qu'il saurait être lui-même.

- Je te dérange? survint une voix féminine, à l'entrée de la chambre de l'homme.
- Jamais, entre donc.
- Je viens juste pour dire au revoir. L'aube arrive, il est temps que j'y aille.
- Ah, oui... Eh bien, d'accord.

En un éclair, l'envoûteuse effectua un Clignement jusqu'à sa position, s'appuyant à son tour sur le rebord de la fenêtre. Sous l'éclat de la lune, ses cheveux prématurément blanchis avaient un éclat qui n'était pas sans rappeler celui qu'avait arboré, il y avait à présent des années de cela, Vayshan Arkhen.

- Tu n'as jamais réellement pensé à déménager, n'est-ce pas?
- Non, répondit calmement Raelag. C'est chez moi, ici. Chez nous. Malgré tout ce qu'on a vécu, malgré la menace permanente des centaures... C'est bien le seul endroit auquel je reste attaché.
- Et pourtant, tu as vu bien des lieux, sourit-elle, se retournant vers lui. Je ne comprends pas que Noirfaucon ne t'ait pas fait davantage d'effet.

En guise de réponse, l'aîné se contenta d'un haussement d'épaules. Il pensait comprendre la manière dont Odélie voyait les choses. Après l'accident, elle s'était réveillée dans un lieu où elle s'était trouvée seule, et Ascalon était l'endroit où elle avait pu reconstruire sa vie. Lui l'avait reconstruite ici et là, et n'avait gardé comme seule point d'attache que la Colonie, où il demeurait sa petite soeur. Là où elle voyait le village comme un mémoire d'une adolescence douloureuse, il le percevait comme un lieu d'espoir, auquel il avait tâché de revenir dès que possible.

- Tu veux que je t'aide avec tes bagages ? proposa le porteur de lumière.

Elle acquiesça. Mais avant qu'elle ne put faire un pas de plus, son frère s'était avancé vers elle, et l'avait prise dans ses bras. Repensant à la manière dont elle était revenue vivre ici pour lui, à la façon dont elle l'avait soutenu au cours de l'année écoulée, il tenta de traduire en une étreinte des sentiments qu'il peinait à formuler au travers de mots. Leurs parents auraient exactement su quoi dire, dans de pareilles circonstances. Lui, en revanche, ne disposait guère de ce talent. Murmurant un "merci pour tout" accompagné d'un timide "et... désolé", il la relâcha avec une maladresse certaine, qui contrastait furieusement avec son attitude habituelle.

- Il n'y a pas de quoi, Rae. Tu as déjà montré que tu ferais de même pour moi. Quant aux excuses, on en a déjà parlé.

Avec un sourire, elle l'emmena ainsi hors de la pièce. Ensemble, ils parcoururent le chemin qui séparait leur habitation du point de passage, où elle disparaîtrait, s'en retournant vers l'est lointain. Le voleur se retrouverait alors seul avec, face à lui, un paysage familier, annonciateur de mille possibilités.

Oui, deux ans s'étaient à présent écoulés depuis le naufrage. Sur l'île, il avait fait face à des créatures oubliées qu'il avait alors assimilées à la mort. Mais ayant, avec l'aide de ses comparses, réussi à s'en sortir, il était revenu en Tyrie en se pensant changer. Ce n'était que récemment qu'il avait appris que la distance parcourue n'était rien, le seul voyage susceptible de changer un être étant celui effectué en son for intérieur. C'était là que, préservé du cours des choses, se terrait l'enfant rêveur qui survivait en lui, tenant dans sa petite paume la main endormie de sa jeune soeur. Obscurcie par la présence de nombreuses autres, dissimulée sous un amas de conflits divers, retrouver la trace de cette jeune âme avait été fastidieux, mais il pensait y être parvenu. Ainsi pourrait-il, à peu de choses près, repartir de zéro...

Il se faisait cette réflexion lorsqu'un oiseau au plumage brun vint se poser sur son épaule. Un sentiment d'excitation naquit en lui lorsqu'il s'empara du message que l'animal portait à sa patte. L'aube se levait lorsqu'il lut la nouvelle mission qui lui était accordée. Détaillant les instructions qui lui étaient fournies, il vit du coin de l'oeil le rapace reprendre son envol.

Quelque chose en lui se sentait prêt à l'imiter. Il avait pris suffisamment d'élan. Libéré de sa cage, il pourrait de nouveau sentir le vent gonfler les ailes avec lesquelles il abordait la vie qu'était la sienne.

L'espace d'un instant, il eut l'impression d'entendre une voix familière, disparue par-delà les Brumes, l'avertir sur les risques qu'il prenait. C'est avec un sourire aux lèvres que le voleur se dit que, même avec tout le recul du monde, certaines choses ne changeraient jamais.
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